Hic sunt dracones, work in progress (2026).

.

Pour mon troisième rendez-vous avec Batz et ses créatures merveilleuses, j’ai créé des connexions entre l’ile du Finistère et deux autres iles fantastiques et bien réelles : Cythère, dans la mer Méditerranée, et l’Islande, dans l’océan Atlantique, avec une nouvelle mise en relation avec Thulé, qui se situe quelque part entre la Bretagne et le Groenland.

Comme on le sait bien ces eaux sont peuplées de monstres marins : Kraken, Pistris, Léviathans et même dragons. Hic sunt dracones.

Ces monstres se déplacent aisément dans les mers du Nord et vont habiter des sites qui ne leur étaient pas destinés au moment de la Création : c’est la raison pour laquelle j’ai utilisé une cartographie, ancienne et moderne, qui permet de mieux les repérer là où ils ont élu refuge.

Entre 1508 (la date estimée de fabrication du globe Lenox – acheté à Paris en 1855 par Richard Morris Hunt et légué vingt ans plus tard à la National Library de New York, où l’on indique des eaux où habiteraient des dragons, au sud de l’Inde et juste en dessous du cercle de l’équateur) et 2016 (date à laquelle le biologiste marin G. Rupodou a témoigné de la présence d’un gigantesque varan sur l’ile de Batz), les monstres marins, fuyant probablement les conséquences du réchauffement climatique et suivant les migrations de leurs proies habituelles, se sont retrouvés enfin dans l’hémisphère Nord.

Sources :
en.wikipedia.org/wiki/Hunt%E2%80%93Lenox_Globe
en.wikipedia.org/wiki/Olaus_Magnus
bostonraremaps.com/inventory/jacob-ziegler-scandinavia-1532
(qui répertorie des cartes entre 1427 et 1567)
ainsi qu’un article dans le site de SPuglia : les-betes-de-batz
.

 

.

Plusieurs cartes nautiques des mers du Nord, repérées sur Internet :

(On voit bien ce que toutes doivent, sauf la dernière (Jacob Ziegler 1532), à la Carta marina d’Olaus Magnus, publiée à Venise en 1539).

.

Islandbatz series 01-03, May 2026 (24,5×42 cm). Work in progress.

Islandbatz 01 A, B, C.

. Islandbatz 02 A, B, C.

. Islandbatz 03 A, B, C.

.

Ainsi que quelques cartes nautiques de l’île de Batz :

(Très utile le site : https://www.histoiremaritimebretagnenord.fr/%C3%AEle-de-batz/)

.

Et l’île de Batz à Cythère, ou Cythère à Batz :

.

.

 

Le son de Philippe Poirier (2026).

Les 30 et 31 mai prochains, en coïncidence avec un hommage qui lui est rendu à Paris, avec deux concerts à la Maison de la poésie, les 28 et 29, je diffuserai au Studio de parole – Radio Rayvox (Nîmes) les bandes son des films que j’ai pu réaliser en sa collaboration, avec aussi le soundtrack retrouvé de l’émission de France Culture Une marche en garrigue (2017).
.

.

Philippe Lamiral Poirier était l’un de mes très parsemés « vrais » amis en France.
On se connaissait à peine, et il passait une semaine à m’aider à monter ma toute première exposition, à la galerie ADEAS de Strasbourg en octobre 1985.
Ensuite, il est venu me voir à Montechiaro et a transformé en forêt d’oliviers la maison de campagne où l’on avait monté une installation éphémère. Quand il apparaissait enfin après une de ses déambulations dans la montagne de Positano, toute la tablée l’applaudissait.
Fin 1992, il m’aidait à monter une grosse exposition à la galerie Alternance à Strasbourg ; il y jouait à l’inauguration, avec le groupe Kat Onoma, et participait au petit film qui en est issu, Museo.
Dans les années 1990, il m’emmenait, dans sa vieille longue Mercedes, à Berlin, où l’on sillonnait l’Île aux Paons, après être passés par Würzburg et Weimar. Je l’emmenais, dans ma petite Fiat Uno blanche, à Venise, où il m’enregistrait chantant à tue tête depuis un pont, à l’adresse d’une fenêtre aux persiennes fermées.
En 1999, il est venu à Rome, où j’organisais une série d’expositions sur le document et sa transformation par le travail artistique, pour une performance avec cinq tourne-disques 33 tours et des musiques d’époque, sur fond de projection d’images de monuments protégés des bombardements de la deuxième guerre mondiale (Leaving Pictures).
En 2006, il a fourni le soundtrack d’une installation entre Saint-Ouen et Terni, deux villes ouvrières jumelées où j’avais isolé et reconstitué, avec des centaines de cartes postales, les monuments les plus emblématiques (The Postcard).
Avec lui, et parfois avec Sylviane, sa compagne, on entrait dans les tombeaux étrusques de la Tuscie, on se frayait un chemin dans les ronces pour retrouver les ruines de la ville idéale des Farnèse, détruite par les Lansquenets du Pape en 1649. Son travail sonore From Castro (2012) a été adapté pour une émission radiophonique sur Fukushima et, ensuite, je me suis permis d’en faire la bande son d’un petit film, Coliseum Pantomime.
En 2017 (j’avais placé une plaque tout à fait clandestine, dans le terrain militaire des Garrigues, à l’emplacement du camp d’internement de Saint-Nicolas), il a donné la musique originale pour l’émission radiophonique Une marche en garrigue, que Dominique Balaÿ, son auteur, définit comme une « stèle sonore ».

Philippe connaissait le Studio de parole, qu’il avait visité à son ancienne adresse, rue Gautier. Il était ébloui par la qualité de son matériel analogique et projetait de venir y enregistrer, ce qu’il n’a pu faire. Il est mort en avril 2025.

.

.

Une marche en garrigue, extraits de l’émission de France Culture :

.

Le lien au site de Philippe, où l’on pourra réserver son livre de gouaches et de textes, ainsi que l’album qu’il a réalisé avec son fils Roméo : philippepoiriercom.

.

La diffusion se fera dans le cadre des Points rouges 2026 :

Museo, 06 :06, 1992, Galerie Alternance, Strasbourg

Leaving Pictures, 14:40, 1999 Performance, Lo Studio, Rome

The Postcard, 08 :29, 2006, Installation, Terni, Ex Siri

From Castro, 09 :53, 2012, reproduit dans 311 Fukushima podcast
(websynradio)

Une marche en garrigue, 15 :18, 2017, émission de France Culture
(extraits, mixage Lucien Puglia Garcia)

Coliseum Pantomime, 05: 55, 2001 Jan Van Eyck Academy, Maastricht
revu et coproduit avec Luca Donnini, Rome 2026
Soundtrack: From Castro (extrait)

Et les musiques originales pour Une marche en garrigue :
La rivière 01 :07, Le train 04 :21, Les hommes 02 :23, Moorsoldaten 02 :48, Nuit noire 02 :14, Une marche en garrigue 06 :08.

.

.

Liens aux projections vidéos de SP accompagnées du son de PhP :

https://salvatorepuglia.info/2009/11/the-postcard-2006-2009/

https://salvatorepuglia.info/2009/11/leaving-pictures/

https://salvatorepuglia.info/2025/05/from-castro/

https://salvatorepuglia.info/1993/01/strasbourg-december-1992/

https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/creation-on-air/une-marche-en-garrigue-3445855

https://www.youtube.com/watch?v=vknE7QuCc9A

https://salvatorepuglia.info/2009/11/the-postcard-2006-2009/

 

Documentation pour Une marche en garrigue :

https://salvatorepuglia.info/2018/03/retour-sur-les-lieux-mars-2018/

https://salvatorepuglia.info/2023/02/un-camp-dinternement-dans-la-garrigue/

.

.

.

Museo, 1992 (filmé par Jean baptiste Mathieu), extrait.
.

Leçons d’anthropométrie (2009-2026)

Leçons d’anthropométrie, 2009-2026

Ce projet est né d’une recherche dans les archives départementales du Gard (Sud de France). Chaque personne sans domicile fixe, notamment les nomades et les ambulants, devait porter sur soi un carnet anthropométrique, rédigé suivant les normes dictées par Alphonse Bertillon (l’inventeur du portrait robot), et qui devait être tamponné à chaque entrée et sortie d’une commune. Ce carnet, dont le but évident était celui de contrôler la population gitane, a été en vigueur de 1912 à 1969 (mais le livret de circulation pour les gens du voyage n’a été supprimé – sous la pression de l’ONU, qu’en 2015) : il contenait, outre les données personnelles, les photos de face et de profil du porteur, ainsi que les empreintes de ses dix doigts.

Les carnets anthropométriques sont importants parce qu’ils introduisent le concept de race, au début du XXe siècle, dans la relation de l’Etat français au minorités : la République n’a plus à faire avec des individus mais avec un groupe ethnique, dans ce cas-là, les romanichels.

La loi de 1912 marque aussi l’aboutissement du Bertillonage, c’est-à-dire des nouvelles techniques de reconnaissance basées sur la mensuration du corps et du visage d’un individu.

Dans les années entre 2009 et 2026 je suis revenu souvent sur le sujet, et j’ai traité ces images documentaires de plusieurs manières : en les enchâssant dans des châssis en forme de trapèze, en le juxtaposant aux articles de la loi instituant le Carnet anthropométrique, en les mettant dans des petits cadres en forme de boite, de manière à avoir une stratigraphie de visages différents.

          J’ai reproduit six photos de membres d’une même famille (photos prises au début des années 20) sur des verres que j’ai superposés aux articles du règlement des Carnets ; ces articles sont transcrits avec un feutre noir sur des cartons d’emballage découpés, comme ceux qu’utilisent les nomades pour faire la quête.

          Il y a aussi des couleurs, du rouge fluo et du blanc, en aplat sur les cartons : ils donnent des formes géométriques qui pourraient faire penser au constructivisme russe ou au Bauhaus, dans tous les cas à une époque qui est celle où les photos étaient prises.

Pour confondre ce processus d’identification, j’ai superposé la photo frontale d’une personne à celle d’un parent, ou bien à la photo de profil de la même personne.

Dans les Archives départementales du Gard, à Nimes, les dossiers concernant les carnets anthropométriques se trouvent sous les cotes suivantes :

4 M 188 : Carnet collectif. Carnet anthropométrique 1914-1927 (Comprend : Liste nominative des personnes inscrites sur le carnet collectif délivré au chef de famille. Registre des nomades ayant obtenu leur carnet anthropométrique).

Carnet anthropométrique d’identité. Demande d’autorisation de délivrance : dossiers individuels :

4 M 189 : 1913-1922

4 M 190 : 1923-1926

4 M 191 : 1927-1931

4 M 192 : 1932-1938

Salvatore Puglia,

Avril 2026

.

.

Documentation Carnet anthropométrique

https://journals.openedition.org/remi/4179

https://fr.wikipedia.org/wiki/Carnet_anthropom%C3%A9trique

https://www.lemonde.fr/societe/article/2015/06/10/l-assemblee-vote-la-suppression-du-livret-de-circulation-pour-les-gens-du-voyage_4650732_3224.html

https://www.memoires-tsiganes1939-1946.fr/la%20categorie%20juridique%20nomade.pdf

 

 

Traductions françaises des textes du catalogue Via dalla Storia. Le fil rouge, 2026

.

Ici une première version d’un livret qui accompagnerait le catalogue italien : Via dalla Storia traductions françaises.

.

VIA DALLA STORIA. LE FIL ROUGE

Nicoletta Cardano

Historien de formation, fort d’une longue expérience dans la recherche, Salvatore Puglia utilise des images historiques et artistiques issues de divers fonds, parfois d’une richesse exceptionnelle, selon une démarche qui considère les traces de l’histoire comme une matière à transformer. À travers des processus de manipulation, de superposition et de réinterprétation de documents visuels existants, trouvés ou produits par lui-même, il interroge notre héritage historique et historico-artistique, mettant en lumière de nouvelles interprétations et significations possibles.

Des traces apparemment anodines se fondent et se contaminent avec des éléments picturaux, textuels ou plastiques récents ou encore plus anciens. Ses œuvres révèlent la stratigraphie d’une sorte d’archéologie visuelle, qui fouille le passé et dévoile des niveaux cachés de sens. Au lieu de mettre en lumière un aspect oublié du passé, il l’utilise dans un processus de transformation pour montrer métaphoriquement les mécanismes de l’occultation. Il compose ses images par couches en utilisant un langage visuel diversifié : photographies, encarts, encres, fils et aiguilles, gravures sur verre…

2012 Rupestre 00 45×60 cm

La photographie est utilisée dans sa fonction reproductive, comme un témoignage à traduire et à interpréter de multiples façons, et/ou comme un ready-made.

À la frontière ténue entre le document, la conservation, la perte et la mémoire, la reproduction implique nécessairement une perte. L’originalité de l’image première étant de toute façon perdue, il reste les possibilités infinies de la recréer dans notre imagination en recherchant une autre vérité.

2006 Ex voto Installation Espace Commines Paris

Souvent, un trait rouge fluorescent (défini par l’artiste comme « la couleur la plus artificielle qu’il connaisse ») apposé sur la photographie est le moyen de déstabiliser le regard, d’empêcher la perception de l’image dans son intégralité, d’ouvrir une brèche temporelle en son sein.

2006 Ex voto montage

En 1999, dans l’ouvrage Via dalle immagini/Verso un’arte della storia (Leaving Pictures. Towards an Art of History, Ed. Menabò, Salerne) dont il a assuré la direction, Puglia s’est interrogé sur la relation entre l’art et l’histoire : « Parasitaire, telle est l’art de l’histoire : il dépend directement de son document. Celui-ci, en tant que source historique, est généralement considéré de deux manières : soit comme un simple témoignage véridique, soit comme un texte « suggestif », « évocateur ». On cherche ici une autre façon de le traiter, qui mette au centre sa transformation éventuelle : celle-ci ne peut se produire qu’à travers un processus à la fois interprétatif et métamorphique. (…) d’un côté les scories, les vestiges, les vestiges ; de l’autre l’attention, le choix, la métamorphose.

(…) on ne cherche pas une reconstruction improbable de l’histoire ; on tente plutôt une réexposition multiforme. L’histoire n’est ni progressive, ni circulaire. Elle est éternellement fragmentée et interrompue, reprise et déformée, comme un disque blanc de mixage d’un DJ improvisé (…) Plus qu’à quelque chose qui se développe ou qui revient, nous sommes face à un amoncellement de ruines parmi lesquelles choisir les pièces de nouveaux assemblages, de nouveaux Frankenstein artistiques et historiques polymorphes. »

Le fil narratif de l’exposition proposée retrace, comme un fil rouge, certains axes thématiques de l’œuvre de Puglia à travers de véritables séries, souvent retravaillées au fil du temps avec l’ajout de nouveaux éléments et matériaux, un élargissement continu de la recherche concernant les rééditions de sujets, les types de documents et les supports utilisés. À différentes époques, les séries proposent des variantes différentes à la résolution d’un problème formel initial.

2009 La Buoncostume suite 42×140 cm

Identifications

La série a pris naissance dans l’intérêt initial, dans les années 1990, pour les pratiques d’identification judiciaire et criminelle et pour les photos d’identité judiciaire, réalisées selon des critères jugés fiables et scientifiques, dans la tentative positiviste de définir les « types » humains et d’identifier les différentes maladies mentales. Archivées comme documents historiques, elles se révèlent être des images anonymes de visages et de corps sans histoire.

2010 Carnet anthropométrique

Des « portraits » photographiques, tirés de la collection Charcot, d’inconnus hospitalisés dans le service des maladies mentales de la Salpêtrière, aux photographies de la police romaine de la Buoncostume des années 1970, heureusement récupérées, le travail de Puglia est passé de la manipulation du document photographique à une réflexion sur le thème de la pose, du regard et de l’interprétation. Dans la série Buoncostume-Salpêtrière (2020-2023), les visages anonymes se combinent et se superposent, notamment grâce à un jeu d’ombres et de surfaces réfléchissantes. La posture « statuaire » des personnes immortalisées par les clichés de la Buoncostume, avec une grille métrique en arrière-plan, met en œuvre d’autres modes de manipulation avec des fonds, des dégradés de couleur, des incisions de signes à la surface, rendant l’image perméable à d’autres possibilités de lecture (La Buoncostume suite et La Buoncostume/Wallflowers, 2009). Le cycle Leçons d’anthropométrie (2010) est lui aussi issu d’une recherche d’archives. Une sélection de six portraits photographiques, datant des années 1920 et tous se rapportant à une même famille, accompagnait le carnet anthropométrique, un livret en vigueur en France de 1912 à 1969 pour contrôler et réglementer les catégories sociales stigmatisées comme dangereuses, parmi lesquelles la population gitane. Les images sont reproduites sur verre et altérées par la superposition d’inscriptions reprenant les « règles » du carnet, par la combinaison avec d’autres portraits et par l’insertion de formes géométriques de couleur rouge et blanc fluo.

2010 Leçons d’anthropométrie 01-03 75×25 cm

Rupestres

Puglia a récemment consacré une série d’œuvres intitulée « Rovine nella selva » au thème du paysage, et plus particulièrement à la relation de conflit et d’intégration entre nature et civilisation. Dans cette série, il a superposé le texte dantesque du Purgatoire à des photos de sites archéologiques de la Tuscia, des images de ruines et de vestiges intégrés dans l’espace naturel. Dans une autre série, des cartes de randonnée, ou des cartes de l’Institut géographique militaire qui ne correspondent pas au lieu photographié, interfèrent avec l’image du paysage naturel, accompagnées d’une police de caractères en rouge, une lettre dans chaque œuvre pour composer la phrase « Et in Arcadia [ego] ».

2023 Rovine nella selva 10 30×40 cm

L’intérêt pour les paysages fait écho à celui pour les visages, dans la mesure où, pour Puglia, les deux impliquent le même type d’approche du médium photographique. Ces deux thèmes correspondent également à son attention portée aux « espaces intermédiaires, qui ne sont pas tout à fait naturels et ne sont pas encore tout à fait « humanisés ».

2016 Land painting X 25×25 cm

Certaines œuvres de la série Land paintings, réalisées entre 2013 et 2016, sont nées d’excursions dans la région de la Tuscia, au nord de Rome, une terre peu habitée et riche en sites préhistoriques et archéologiques, où l’artiste dépose au sol, pour ensuite le photographier, un élément matériel, un signe aliénant, une sorte de feuille ou de langue réalisée en latex rouge fluorescent. Dans certains cas, l’image de différentes couches de végétation ou de vestiges de constructions humaines fait apparaître, outre l’élément étranger en latex, la silhouette superposée d’un animal, un quadrupède hors contexte, tiré des recueils d’histoire naturelle du XVIIIe siècle de Buffon.

2021 Histoire des monstres 03 et Histoire des monstres 05 24×42 cm

Intrus

La curiosité insatiable de Puglia pour l’univers complexe de la documentation historique et des images, ainsi que ses explorations historico-littéraires incessantes, l’ont conduit, fin 2021, à découvrir les bestiaires du XVIe siècle du naturaliste Ulisse Aldrovandi (1522-1605). Les planches de Monstrorum Historia, consultées dans un exemplaire publié à Bologne en 1642 et conservé à la bibliothèque du Carré d’art de Nîmes, la ville où Puglia vit et travaille, ont donné le coup d’envoi à un nouveau travail de tissage d’images et d’ajouts textuels : la reproduction en transparence des gravures de monstres marins est superposée à un fond photographique de paysages contemporains, souvent liés à des plages et à des portions de côtes européennes. Ce sont des présences soudaines et oniriques, des éléments d’un passé qui refait surface de manière imprévisible, hors de tout récit possible. La variante de ce travail devient en 2023 Monstrum nostrum, un titre qui fait écho au discours du pape François aux Rencontres méditerranéennes de Marseille, en septembre de cette même année. En renouant avec la tradition des monstres, Puglia attire notre attention sur le débat concernant ceux qui, aujourd’hui, sont les monstres qui, dans notre monde chaotique en constante mutation, mettent en crise et bouleversent nos fragiles équilibres précaires.

Dans le mécanisme linguistique combinatoire adopté par Puglia, « l’intrus » est l’élément étranger récurrent, nécessaire et traumatisant. Il s’insère avec force au sein d’une entité dotée d’un équilibre propre afin de déstabiliser la vision et de construire quelque chose de différent qui mène à un nouvel angle de vue possible, à une nouvelle relation entre nous et « l’autre ». Les deux autres séries présentes dans cette section sont particulièrement significatives de cette dynamique :

2024 Tarquinia B 07 30×30 cm

Tarquinia B (2015-2026)

Travail photographique sur sept tombes étrusques de Tarquinia. Chaque tombe est parfaitement « habitée » par des figures inattendues et imprévisibles issues d’autres cultures (des Inuits aux Hopis, en passant par des Chinois ou des habitants de Patagonie) qui semblent s’intégrer parfaitement aux peintures d’origine. Exemplaire est l’intrusion de la photo de Franz Boas qui, un peu écrasé sous le toit bas de la tombe 3713, mime, pour les marionnettes du Musée national d’histoire naturelle, la cérémonie de l’hamatsa, la soi-disant danse cannibale des Kwakiutl de Colombie-Britannique.

2025 Tarquinia B 00 30×30 cm

Impression, monument (2023)

Un cycle de photographies qui part de l’observation directe d’une série de tableaux d’Eugène-Louis Boudin conservés dans les réserves du musée des Franciscaines à Deauville. Les reproductions des peintures impressionnistes deviennent une sorte d’apparition extraordinaire insérée « ad hoc » dans une série de clichés photographiques de lieux emblématiques de la Normandie contemporaine. Le caractère intrusif de cet élément est souligné par des rectangles peints en rouge fluo qui reproduisent les dimensions des tableaux reproduits.

2023 Impression monument 02 et 06 26 x 44 cm

La Storia


Millenovecento (2018-2024)

C’est ce même fil conducteur théorique qui anime l’installation Millenovecento (2018-2024). Cette série, qui fait suite à l’œuvre précédente Ex voto (2004 à 2006), s’appuie sur la photographie : une image en noir et blanc imprimée directement sur du verre et superposée à un papier trouvé et « repeint », ou, à l’inverse, une photographie sur papier servant de fond à un texte ou à un graphique reproduit sur du verre. Il n’y a pas de hiérarchie d’importance entre les images et les matériaux utilisés. Aux tirages analogiques de bonne qualité réalisés par l’artiste s’ajoutent des coupures de journaux, des photocopies, des photographies provenant d’archives privées. On retrouve toujours une couleur rouge luminescente, déconcertante, qui, à ce jour – dit Puglia – « est un peu ma signature ». Chaque pièce présente une manière de « tisser » par accumulation et reconstruction de traces visuelles dispersées, selon une vision de l’événement qui refuse la linéarité du temps historique dans le but de désamorcer les mécanismes du refoulement, afin de permettre à la conscience de faire resurgir des expériences, des souvenirs, des moments d’un passé souvent douloureux. L’installation, sorte de galerie ou de mosaïque de pièces de formats variés, encadrées au plomb, est axée sur l’histoire, notre histoire commune entrelacée à la biographie de l’artiste. « En ce sens – écrit Puglia – je me “historicise” en tant qu’homme ayant vécu la majeure partie de sa vie au siècle dernier ».

2019 Il peso del mondo 18×24 cm, Imponderabilia 01 20×30 cm, In Africa 20×30 cm

Cette section est enrichie par deux autres séries sur les thèmes du XXe siècle, inspirées des documents filmés de Gianfranco Mingozzi.

 

Galatina remix (2022-2023)

Puglia, depuis toujours fortement attiré par le thème de la Taranta, s’inspire dans ce travail du célèbre film documentaire de Gianfranco Mingozzi, réalisé en 1962 avec la collaboration de l’anthropologue Ernesto de Martino, du musicologue Diego Carpitella et avec le commentaire de Salvatore Quasimodo. Il reprend certains des photogrammes de Mingozzi imprimés sur celluloïd, choisis également selon un intérêt « autobiographique », et les réélabore à sa manière, en les combinant avec des extraits de cartes topographiques du sud de l’Italie et des pièces de puzzle peintes en rouge fluorescent. La série se présente comme une séquence progressive dans laquelle chaque œuvre comporte une ou plusieurs lettres de l’inscription « Et In Arcadia Ego », tandis que les pièces de puzzle peintes en rouge s’insinuent dans les images selon la suite de Fibonacci jusqu’à recouvrir presque entièrement la reproduction photographique.

Con il cuore fermo (2022) réinterprète certaines images d’un autre documentaire de Gianfranco Mingozzi réalisé en 1965, Con il cuore fermo, Sicilia. L’artiste revient sur les thèmes du XXe siècle avec des références biographiques particulières à ses origines siciliennes. Trois œuvres encadrées au plomb, dans lesquelles les captures d’écran de la première séquence du film, imprimées sur verre, se combinent avec des fragments de cartes topographiques, tandis que le titre, en rouge, est réparti sur les trois surfaces différentes.

Le fil rouge, la récurrence de la couleur rouge, devient le fil conducteur qui nous guide dans une lecture ordonnée, ou bien aléatoire, arythmique ou syncopée, des images de Puglia qui occupent de manière ordonnée les murs de l’espace de « l’autre modernité » à la Piacentini du MLAC, dans le palais du Rectorat à Rome, comme les fragments d’un récit qui avance par à-coups, laisse des zones d’ombre, s’interrompt sans prévenir.

.

UNE ARCHEOLOGIE INVERSEE

Laura Serani

L’attirance de Salvatore Puglia pour les arts visuels a très vite rejoint le territoire de ses études et sa fréquentation de l’Histoire en tant que chercheur pour aboutir à une recherche basée sur le recours à l’image documentaire comme support d’interventions artistiques. Son travail implique une recherche permanente de sources qui deviennent objet de lectures évolutives, dans un processus où démarches historique et artistique sont toujours structurellement liées.

En mélangeant époques, faits historiques, textes classiques, mythologie et sciences sociales, Puglia propose de nouvelles perceptions du passé et du présent. Les titres de ses travaux, Ritratto dell’artista da figliuol prodigo, Six leçons de drapé, Anabasis, L’art de la guerre, Les âmes du Purgatoire, Les préoccupations du père de famille,… donnent le ton de son œuvre, originale, subtile et engagée.

2000, La preoccupazione del padre di famiglia, installation à Astudio 599, Rome

Un pas en arrière :  fin des années 1970 en Italie, lentement ou précipitamment se dessinait l’avenir de notre génération, pendant que l’espoir de transformer le monde s’estompait et le choix des chemins personnels se définissait. Comme autant de matérialisation de désirs et d’intérêts différents, cohabitaient sur la table, piles de feuilles remplies à l’Olivetti Lettera 22, pinceaux et couleurs destinés aussi bien aux abstractions à la Miro’ que Salvatore dessinait sur des cartons longs et étroits, anticipation du format panoramique affectionné plus tard, qu’aux aquarelles insipides que d’autres peignaient, tout en découvrant Tina Modotti, synthèse d’art et de politique et en apprivoisant le premier Nikkormat qui a gardé la mémoire de ces moments.

En 1980, fini l’été romain et les traversées de la ville en Lambretta, Salvatore Puglia a commencé à alterner les voyages à travers l’Europe et les séjours de plus en plus longs à Paris. Les premières années parisiennes, vécues dans une atmosphère post-bohème et denses de rencontres rue de Condé, seront celles du virage définitif vers un parcours totalement dédié à la pratique artistique, sans hésitations ni concessions, mais où l’Histoire devait rester toujours présente, dans une symbiose qui caractérisera tous ses travaux jusqu’à aujourd’hui.

1999 Les inconnus de la Salpêtrière

1999 Nouvelle iconographie de la Salpêtrière, installation à Godard Arte, Rome

Depuis 1986 Salvatore Puglia se consacre aux arts visuels et vit actuellement dans le sud de la France où la lumière rappelle celle de Rome où il a vécu jusqu’à l’âge de vingt-cinq ans.

Il y a quelque temps Puglia écrivait à propos de sa démarche:

“Après avoir pratiqué pendant quelques années le montage de documents écrits et visuels, j’ai été naturellement amené à la tentative de cerner une “photographie de l’Histoire. Me limitant à considérer la photographie dans sa plus stricte fonction reproductrice, je l’utilise comme pièce à conviction, dans des ensembles à la structure sérielle, qui ne prétendent pas reconstruire un sens mais qui tentent de questionner notre manière de regarder le passé. Les images que je montre sont le plus souvent mutilées, réduites à des fragments qui ne permettent pas d’imaginer une unité qui les prolongerait; elles sont parfois brouillées par des couches superposées de documents graphiques ou iconographiques. Si la reproduction fonctionne comme un outil de conservation, cela va nécessairement de paire avec de la perte. L’image originaire étant de toute manière perdue, il reste les infinies possibilités de la recréer dans notre imaginaire.“

L’Histoire sociale ou familiale, les histoires d’inconnus ou des siens à travers les images des archives de la police et du docteur Charcot ou celles des albums de famille, ont commencé à habiter des surfaces mutantes en donnant corps parfois à des récits aux allures de labyrinthes où les seuls liens entre les images sont des indices autobiographiques.

Encres et laques, fils et aiguilles inventent et soulignent silhouettes et contours, perforent et imprègnent toile et papier-calque, s’étalent sur cire, plomb, céramique, verre et miroirs: autant de langages pour réécrire l’Histoire. Les recherches de Puglia s’expriment à travers des supports et outils différents en jouant la stratification, en allusion à celle de la mémoire et aux traces d’un passé toujours sous-jacent dans la représentation du présent. Les voyages et les influences sont permanents entre Histoire et Histoire de l’art mais aussi entre différentes pratiques, le dessin, le collage, l’incision, le moulage. La photographie au fil du temps est devenue déterminante et prédominante, que ce soit par la réappropriation d’images préexistantes ou la réalisation de nouvelles images, mais la photographie intéresse toujours Puglia en tant qu’élément documentaire, vecteur de mémoire, témoin de l’absence.

Sans limites dans l’exploration des champs cognitifs et des langages visuels et techniques, l’ensemble de l’œuvre de Puglia est aussi complexe et multiforme que cohérente et immédiatement reconnaissable. Des constructions savantes s’accompagnent souvent d’un trait incertain donnant vie à d’étranges contrastes entre la pensée élaborée qui préside au processus créatif et le recours à ce trait souvent volontairement maladroit. Ce trait incertain, avec lequel Puglia dessine et brode des figures indéfinies qui évoquent des ombres ou les marques laissées sur les murs et les tapisseries par des objets disparus, ou avec lequel, d’une écriture tremblante, il retranscrit textes classiques, épitaphes et sonnets, est une constante dans son œuvre. Les certitudes du travail de chercheur semblent se confronter à une légitimité que Puglia ne voudrait toujours pas reconnaître au geste. De ce fragile déséquilibre naissent des œuvres d’une poésie vibrante.

Tel un spéléologue de la mémoire collective ou privée, Puglia revisite, méticuleusement et à sa façon, lieux et épisodes toujours inattendus. De ses fouilles émergent des reconstitutions intrigantes qui ouvrent d’autres perspectives d’investigation de l’Histoire et de nouvelles visions.

L’exposition Le jardin des monstres (Galerie Sit down, Paris 2014) réunit des travaux récents axés autour des relations entre Histoire et nature, paysage et intervention humaine, relations variables au cours du temps. Le mot jardin, synonyme d’espace et de nature apprivoisée, contraste avec celui de monstre, figure par excellence de l’incapacité humaine à contrôler la nature et ses créatures. Le décor est planté et en avançant on peut s’attendre à toutes sortes de rencontres. Objet des récentes explorations de Puglia, des régions aujourd’hui difficilement accessibles et peu peuplées, comme la Tuscia au nord de Rome, parsemées de sites archéologiques abandonnés où les ruines recouvertes, de la Préhistoire à nos jours, gardent les traces de leurs fonctions successives : tombes étrusques, refuges de guerre ou bergeries. A tour de rôle, la végétation ou l’intervention humaine ont eu raison de l’autre. En introduisant sur ces lieux des objets étrangers et anachroniques, en forme de langues ou de feuilles en latex, aux couleurs fluorescentes, Puglia opère une nouvelle stratification de lexiques qui, tout en renvoyant à l’Histoire de l’art, trouble le rapport au temps et la vision romantique du paysage.

2014 Land Paintings 10 e 11, 70×50 cm

Dans ces images, désignées par Puglia, “Land Paintings“, on retrouve ses préoccupations d’investigation historique et ses dispositifs créatifs habituels. Mais la surprise est permanente pour ce qui concerne les lieux re-visités et la juxtaposition des éléments glissés ou cousus dans les images. Des animaux sauvages apparaissent dans une campagne domestiquée ; des traces incongrues d’un passage humain récent investissent des sites à la végétation impénétrables ou des espaces aseptisés. Une langue enduite de pigment rouge fluorescent, rend tout son pouvoir à l’Ogre de Bomarzo, un des monstres de ce parc, extravagance de la Renaissance et repaire de dragons, sphinx et demeures penchées. A partir de l’introduction in situ d’un élément qui une fois photographié donne vie à une œuvre à part entière, Puglia produit ce qu’il appelle une archéologie inversée en ajoutant de nouvelles stratifications à celles existantes.

2013 Nel Bulicame 01 30×40 cm

Liée au paysage, la question du rupestre, au centre des réflexions de Puglia depuis un certain temps, est posée de façon différente par chaque pièce présente dans l’exposition, permettant de constituer une sorte du traité illustré du “rupestre“, dont ses mots introduisent bien le concept :

“Si “rupestre” est l’intervention de l’homme sur la nature, qui devient ainsi “œuvre” (les peintures, les sanctuaires, les rochers sculptés, les pierres gravées), un artefact humain peut aussi devenir rupestre, une fois qu’il est abandonné et que la nature reprend ses droits. Certainement, là où nature et Histoire se rencontrent, on est dans le rupestre. Que ce soit l’évanescence de l’Histoire face au retour de la nature, ou la défaite de la nature face à l’avancée de l’Histoire.“

2016 A Ferento (drum contest), 45×60 cm

2015 In the Underbrush 04, 20×30 cm

Ce texte, revu en 2026, accompagnait l’exposition Le jardin des monstres (Galerie Sit down, Paris 2014).

.

RECOMBINER L’HISTOIRE, VERS DES POSSIBILITÉS INFINIES

Arianna Agudo

Une certaine aléatoire des combinaisons.
C’est là une manière de suggérer
les autres « possibles » de notre histoire
[1]

« Peut-être, cependant, plus que d’autres, un art de l’histoire peut-il dire le possible », écrivait Salvatore Puglia dans le catalogue de l’exposition Via dalle immagini/Verso un’arte della storia qu’il avait organisée en 1999. Dans ce texte – dont le titre est repris, avec une légère variation, par Nicoletta Cardano, qui semble ainsi déclencher un jeu différentiel de superpositions, de renvois et de transformations – l’artiste souligne la nature discontinue et fragmentaire de l’histoire. Une nature qui est en quelque sorte doublée et transformée en praxis dans son œuvre, où documents et fragments du passé sont soumis à un processus de « réexposition multiforme »  et où les traces de l’histoire se présentent comme un « amoncellement de ruines, parmi lesquelles choisir les pièces de nouveaux assemblages » 2 . Opération que Puglia rapproche à plusieurs reprises du travail de « mixage d’un DJ improvisé »  (nous renvoyant ostensiblement à cette forme de post-production articulée peu après par Nicolas Bourriaud dans le texte-manifeste éponyme du postmodernisme) 3, mais qui, peut-être encore davantage, nous ramène à la pratique combinatoire comme « art du possible » (car il s’agit, précisément, de possibilités combinatoires, toujours plurielles et, par conséquent, jamais définitives). Processus transformatif par excellence – et « transformatif » est un terme clé dans l’art de Puglia –, la combinatoire est en effet une pratique en devenir qui, dans le jeu différentiel perpétuel entre des éléments irréductiblement hétérogènes, se désigne presque tautologiquement elle-même, son mouvement consubstantiel et inépuisable, ainsi que ses infinies possibilités métamorphiques. Il ne s’agit pas seulement de « déplacer » des éléments donnés (pratique stérile, écrit Puglia, qui précipiterait dans ce kitsch « qui ne transforme pas mais se contente de déplacer ») 4 mais de produire de nouveaux sens possibles et inusités à travers la combinaison, la juxtaposition ou la superposition d’éléments hétérogènes qui résistent à la synthèse. Cette résistance à la synthèse et cette irréductibilité à l’« unum », produites par le fait de « recoller les morceaux, sans répit et sans fin », exaltent les bords, les limites, l’unicité et la différence de chaque fragment jusqu’à produire un « être en soi et pour soi » de chaque image et, avec cela, son être irréductiblement « autre » et toujours intrusif.

1992 Vanitas A Installation Strasbourg

1995 Les âmes du purgatoire 240×180 cm et Les âmes du purgatoire détail

Dans cette trame combinatoire toujours changeante et instable, « l’intrus » – comme l’a déjà souligné Cardano – est un élément non seulement récurrent mais nécessaire et, ajoutons-le, le résultat naturel de l’activité combinatoire elle-même en tant que « pratique de la différence ». Une présence omniprésente que l’on retrouve également associée à l’art de la traduction : activité d’« appropriation et de métamorphose » que, dans l’essai Traduzioni trasparenti (1999-2000), en reprenant à son compte la définition qu’en donne Primo Levi, Puglia « superpose » à l’opération de transplantation. La traduction – écrit-il – « fait penser à quelque chose de chirurgical, à la greffe d’un organe étranger dans un corps propre » : « opération traumatisante et dangereuse », poursuit-il, où « les compatibilités sont les limites linguistiques mêmes de la traduisibilité, qui permettent à l’étrangeté de s’introduire et, sans se fondre, de « se combiner » [italiques de moi] » . La même métaphore chirurgicale avait été utilisée quelques années auparavant en rapport avec le « totalitarisme » photographique que Puglia se proposait de renverser par des perforations, des traversées et des « intrusions » dans l’image afin de la libérer et, avec elle, de libérer « le possible. Le possible d’un monde, que je ne peux concevoir qu’au pluriel. Non pas un autre monde possible […] mais la multiplicité du possible » . Une fonction analogue est « remplie » par le mécanisme de la superposition car, comme il l’écrit toujours dans Traduzioni trasparenti, « c’est dans un certain “coprimento” que la transparence dévoile ses possibilités. Plus précisément, ces possibilités sont données […] par les superpositions entre les bords dissemblables » [italiques de moi]. Il ne s’agit donc pas d’une opération mimétique, mais d’un jeu relationnel/différentiel qui, comme la combinatoire, vise toujours à créer une friction et un conflit entre des éléments « étrangers » placés – ou plutôt transplantés – de force les uns à côté des autres.

1993 Anteryalisem 40×30

1993 Über die Schädelnerven Installation 42×180 cm

C’est extraordinaire l’analogie terminologique (et d’intentions) avec l’essai de Gianluca Solla, Divenire doppia : « Entr’acte » et l’apparition de l’image. 14 textes + un, contenu dans l’ouvrage dirigé par Elio Grazioli et Riccardo Panattoni, Sovrapposizioni. Mémoire, transparence, juxtapositions – titre tout à fait pertinent pour les pratiques de Puglia – dans lequel, parlant des superpositions d’Entr’acte (film de René Clair de 1924), il souligne que « la superposition ne se produit que sur la base d’une fragmentation déjà en cours. C’est seulement parce que les parties sont détachées, décomposées […] que quelque chose peut enfin se produire. C’est pourquoi l’image obtenue par superposition n’a rien de récapitulatif […]. La superposition ne se produit […] que dans le sens de l’’’incomposable’’, comme combinatoire du contradictoire » 5, ce qui, ajoute-t-il, « ne fait qu’un avec une transformation » [italiques de moi].

1994 Steles of Anamnesis 180×120 cm

1995 Cinema 30x40x40 cm

 Ces « combinaisons par superpositions » peuvent, enfin, être placées à part entière dans le territoire fragile de l’inframince duchampien : terme qui peut se référer tant à la technique de la superposition qu’à des « substances » comme le verre ou à des « phénomènes » comme la transparence, sans pour autant être entièrement reconductible ni réductible à l’un ou l’autre d’entre eux en tant que « concept » intrinsèquement transformatif-différentiel. Comme l’écrit Elio Grazioli en « se superposant » aux mots d’André Breton, « s’il défait les “fixations” […] c’est parce qu’il s’ouvre à la différence, à d’autres différences, “à une transformation […] qui ouvre notre champ sensoriel à une autre expérience possible” […]. L’inframince […] montre la différence comme une limite, comme un bord, un seuil, à travers lequel s’effectue le passage » 6. Mais, surtout, l’inframince nous reconnecte, une fois encore et en conclusion, aux infinis possibles de Puglia, car, comme l’affirme son phare, « le possible implique le devenir – le passage de l’un à l’autre a lieu dans l’inframince » 7  et parce que, en définitive, « le possible est un inframince » .

1996 Nanook sequence 01 30×60 cm

.

1 Salvatore Puglia, Via dalle immagini, in Salvatore Puglia (a cura di), Via dalle immagini/Verso un’arte della storia, Edizioni Menabò, Salerno 1999.

2 Si veda di Nicolas Bourriaud, Postproduction. Come l’arte riprogramma il mondo, Postmedia, Milano 2004 [Ed. Or., 2002].

3 Salvatore Puglia, Traduzioni trasparenti, [Ed. Or., Salvatore Puglia, Translator’s scratching, in Sue Golding (a cura di), Issues in Contemporary Culture and Aesthetics, Vol. 10-11, Jan Van Eyck Akademie, Maastricht 2000, pp. 79-91], adesso in https://salvatorepuglia.info/2009/11/traduzioni-trasparenti-1999-2000/.

In questo saggio Puglia fa anche esplicitamente riferimento a L’intruso di Jean-Luc Nancy – testo nato dall’esperienza del trapianto di cuore – pubblicato proprio nello stesso anno [Ed. Or., Jean-Luc Nancy, L’intrus, éditions Galilée, Paris 2000].

4 Salvatore Puglia, An Art of the Possible, intervista del 1997 con Christopher Fynsk, apparsa in Christopher Fynsk, Infant Figures, Stanford 2000, pp. 147-164 ,adesso in https://salvatorepuglia.info/2009/11/an-art-of-the-possible-puglia-fynsk-1997/ [traduzione mia].

5 Gianluca Solla, Divenire doppia, “Entr’acte” e l’apparizione dell’immagine. 14 tesi + una, in Elio Grazioli e Riccardo Panattoni (a cura di), Sovrapposizioni. Memoria, trasparenze, accostamenti, Imm’, Bergamo 2016, p. 30.

6 Elio Grazioli, Infrasottile. L’arte contemporanea ai limiti, Postmedia, Milano 2018, p. 17 (il testo citato da Grazioli è tratto da André Breton, Les Pas perdu [1924], Gallimard, Paris 1969, p. 115).

7 Marcel Duchamp, Note sull’infrasottile, in Elio Grazioli e Riccardo Panattoni (a cura di), Sovrapposizioni. Memoria, trasparenze, accostamenti, cit. p. 45. Si tratta della prima traduzione italiana – curata da Elio Grazioli –delle Note sull’infrasottile [Ed. Or. Marcel Duchamp, Notes, a cura di Pierre Matisse, Éditions du Centre Pompidou, Paris1980].

.

.

LA TRANSPARENCE DE L’HISTOIRE

Salvatore Puglia

1990-1992 Aschenglorie, installation à la galerie Alternance, Strasbourg, environ 200 x 500 cm

« Et il savait d’ailleurs qu’on ne peut briser une tradition plus efficacement qu’en en extrayant ce qu’elle a de précieux et de rare : les coraux et les perles. » *

Un. Findlinge.

 Krempelmarkt Potsdamerplatz, Berlin 1990, photo Thomas Gade

Il existe un mot allemand à double sens : « Findlinge ». Il désigne à la fois les roches erratiques déposées par les glaciations dans des territoires de nature géographique diverse et les « enfants trouvés ». Cette double définition n’existe ni en français ni en italien, bien qu’elle se réfère autant à un objet trouvé dans un endroit où il ne devrait pas être qu’à un être abandonné, recueilli et adopté.

Les touristes et les voyageurs qui se seraient promenés à Berlin après la chute du Mur (novembre 1989) seraient peut-être tombés sur l’immense marché aux puces du quartier de la Postdamerplatz, devenu un gigantesque terrain vague après les bombardements de la Seconde Guerre mondiale. On aurait dit que tous les habitants de l’Allemagne de l’Est s’étaient rassemblés pour vendre leurs maigres biens et, surtout, leur propre histoire. On pouvait y acheter pour quelques sous des appareils photo soviétiques, de vieilles machines à coudre et des vélos rouillés, mais aussi de nombreux documents papier et des albums de photos de famille. C’est à cet endroit que le cours de mon travail artistique a changé, car c’est là que j’ai commencé à travailler directement sur les images et les documents trouvés.

1992 Aschenglorie, détail 70×50 cm

1993 Über die Schädelnerven, détail de l’installation

Ma première grande installation, Aschenglorie, a été composée à partir d’éléments ramassés à la Potsdamerplatz, tandis que les suivantes (Über die Schädelnerven, Vanitas) s’inspiraient plus délibérément d’images issues d’archives psychiatriques, ou simplement médicales. À cette époque, j’utilisais des clichés radiographiques. Pour moi, ces clichés étaient à la fois une écriture propre au corps humain et un écran translucide à travers lequel on pouvait deviner et tenter de déchiffrer l’image.

À cette époque, je m’intéressais beaucoup à la question de la traduction entre texte et image. J’étais toujours frappé par les petites phrases et les citations que je rencontrais en lisant un livre. Une nouvelle de l’écrivain romantique Adelbert von Chamisso m’a marqué pendant de nombreuses années : l’histoire de Peter Schlemihl, qui vend son ombre au diable en échange de tout ce qu’il pourrait désirer, mais qui, finalement, ne peut exister sans cette chose immatérielle. Mais aussi un commentaire de Sören Kierkegaard sur la « mélancolie réflexive » : « C’est cette douleur réflexive que j’entends évoquer et, dans la mesure du possible, illustrer par quelques exemples. Je les appelle traces d’ombre, pour rappeler par ce nom que je les emprunte au côté obscur de la vie et parce que, comme des traces d’ombre, elles ne sont pas spontanément visibles. » Le mot danois pour ces figures est skyggerids.

Photo Papa en fez

1995 Ninnananna, installation, 120×180 cm et Ninnananna, installation, détail 80×30 cm

Voici une autre œuvre sur l’idée des ombres qui pourraient révéler quelque chose d’inexprimé. Elle s’appuie sur une seule photographie, représentant un enfant dans les années 30, quelque part en Italie, dépossédé de lui-même, montré dans une attitude belliqueuse qu’il ne pouvait peut-être pas faire autrement que d’adopter.

Dans la pose photographique (évidemment, toute image photographique isole son sujet et en fait une icône), l’enfant est « promis », livré par les adultes au régime qui lui garantira l’avenir dans lequel ils l’ont inscrit. Voici trois variations sur ce thème : un enfant en uniforme faisant le salut fasciste ; un enfant en uniforme avec une massue ; un enfant en uniforme avec un portrait du Duce.

Cette tendresse dans le geste de placer l’enfant devant l’objectif photographique, qui est le même que celui avec lequel nous prenons des photos de nos enfants, s’accompagne d’une prémonition : cet enfant, qui est déjà un soldat, sera du côté des vainqueurs. Son uniforme le protège déjà et lui donne les repères symboliques et idéologiques de sa vie d’adulte.

Deux. Interlude.

2006 Ex voto, installation, détail 120 x 190 cm

Dans l’œuvre intitulée Ex voto, dont la référence évidente est les murs des églises italiennes recouverts de reproductions métalliques d’orgues ou de peintures décrivant des accidents ou des maladies dont le fidèle a été guéri grâce à une intervention divine, j’interviens sur mon propre matériel, dessins et documents, comme je le ferais sur des documents trouvés. La composition en mosaïque signifie que chaque pièce, même unique, ne peut exister sans les autres qui l’entourent et qui lui apportent un contenu complémentaire. Le cadre, construit en même temps que le montage des images, ne fait qu’un avec la création. Pour parler clairement, je soustrais un élément figuratif de son contexte pour lui en attribuer un autre, toujours provisoire.

2006 Ex voto, installation, exposition Déjà, Espace Commines, Paris, 200 x 450 cm

 

 Trois. Identifications.   

2010 Wallflowers remix 01-02, deux des six œuvres de la série, 30 x 30 cm chacune

En janvier 2008, un éboueur travaillant près de la préfecture de police de Rome a trouvé deux grands sacs poubelles remplis de photographies : ils contenaient 8 000 images (d’identification, de surveillance, de pièces à conviction) qui, n’étant plus d’aucune utilité pour les enquêtes en cours, avaient été jetées pour faire de la place, au lieu d’être déposées aux Archives d’État.

Les images récupérées par l’éboueur ont été acquises par le Musée du Louvre, une galerie-librairie d’antiquités, qui a préparé une exposition et communiqué l’information à la presse. Mais le jour même de l’inauguration, les carabiniers, envoyés par la Surintendance du patrimoine culturel et accompagnés de deux archivistes, se sont présentés à la galerie pour saisir tout le matériel exposé, ainsi que le catalogue de l’exposition. Un assistant du galeriste a réussi à empocher un seul exemplaire du catalogue, et c’est à partir de ce seul exemplaire que j’ai récupéré six images : elles provenaient probablement de la brigade des mœurs et, à en juger par les vêtements et l’apparence des sujets, elles pourraient dater de la fin des années 60.

En travaillant sur ces images, je souhaitais suggérer l’idée d’un défilé de mode, en créant une séquence qui ne soit pas dépourvue d’une certaine élégance plastique. À l’aide de produits chimiques, j’ai transféré sur le verre des extraits d’un abécédaire destiné à l’école populaire. Il n’y a aucun lien entre les différentes composantes de l’œuvre, si ce n’est celui que j’ai imposé, plus ou moins consciemment.

J’ai l’habitude de travailler en séries, afin d’élaborer plusieurs variantes à la réponse d’une question formelle que je me suis posée. Dans les séries que je présente ici, j’ai abordé la question de la pose et de la frontalité qui concerne toujours ce type d’images (à ce propos, je voudrais rappeler une distinction : alors que l’identité est une qualité ou, mieux encore, l’ensemble des qualités et des relations qui définissent un individu, l’identification est un processus, l’ensemble des actes dont nous avons besoin pour reconnaître un individu parmi d’autres).

Sur certaines de ces photos, on peut voir les grilles métriques qui servent de fond aux portraits ; elles me rappellent les jeunes filles qui « font le mur » lors des fêtes de village, dans l’attente d’être invitées à danser. En anglais, on les appelle wallflowers, le même terme utilisé pour décrire une personne timide.

Je tiens à souligner que, ici comme dans d’autres de mes séries, l’arrière-plan, les dégradés de couleur, les incisions à la surface de l’image ont pour fonction d’ouvrir d’autres possibilités de lecture. Tout simplement, une autre dimension.

Quatre. Millenovecento.

2020 Noli dicere bis, détail de l’installation Millenovecento, 40 x 30 cm

Environ douze ans après la réalisation de mon installation de 2006, Ex voto, dont j’ai parlé précédemment, et trente ans après ma découverte de la Postdamerplatz et le début de mon travail sur des images trouvées, j’ai présenté une nouvelle installation basée sur la photographie (galeries Sit down, Paris et Troisième œil, Bordeaux, 2020-2021). Cette fois-ci, le projet était davantage centré sur la « grande » Histoire, en lien avec mon histoire personnelle. En ce sens, je me « historicise » moi-même en tant qu’homme ayant vécu la majeure partie de sa vie au cours du siècle dernier ; c’est pourquoi j’ai intitulé cette œuvre Millenovecento.

2020 Installation Millenovecento, galerie Sit down, environ 150 x 500

En général, je ne respecte pas de hiérarchie entre les images, que ce soit en fonction de la qualité ou de l’importance du sujet. J’ai donc mélangé des tirages argentiques de mes photos avec des coupures de journaux, des photocopies et des photographies issues d’archives privées. Parfois, j’ai reproduit l’image sur verre et je l’ai superposée à des textes sur papier ; d’autres fois, c’est la photo sur papier qui sert de fond à un texte ou à une gravure reproduits sur verre. À chaque fois, il y a un passage de couleur, un rouge luminescent, qui crée un décalage dans la vision et qui est, jusqu’à aujourd’hui, ma signature.

2019 La bouche-Cythère 25×25 cm

2019 Nulla osta bis, 30×20 cm

À propos de cette méthode d’évocation et de transformation : aujourd’hui, on considérerait comme aberrant ce que faisaient les archéologues du roi de Naples lorsque Pompéi a été redécouverte au XVIIIe siècle, ou ce que font les pilleurs de tombes dans les sépultures étrusques, lorsqu’ils entrent par le haut et passent d’une pièce à l’autre en perçant les murs uniquement pour ramener à la surface les objets précieux, sans se soucier, justement, de leur contexte.

Depuis la seconde moitié du XIXe siècle, l’archéologie, y compris l’archéologie « préventive » qui referme tout après avoir effectué les fouilles, travaille en retirant couche après couche. Cette méthode est exactement le contraire d’une pénétration dans la matière à la recherche de la perle rare ou du corail précieux, sans considération pour l’environnement auquel ils appartiennent.

2021 Keams Canyon 01 30×30 cm et Keams Canyon 04 30×30 cm

Post-scriptum : Keams Canyon 1896 (2017-2021).
Au printemps 1896, l’historien d’art allemand Aby Warburg visita le village d’Oraibi, ainsi que l’école industrielle de Keam’s Canyon. À Oraibi, il a assisté à une danse rituelle, la Hemis Kachina, qui n’était pas celle qui a ensuite fait l’objet de sa célèbre conférence de Kreuzlingen (« Le rituel du serpent », publiée en italien dans aut aut de janvier-avril 1984).

Au cours de ses séjours chez les Hopis, Warburg ne semble pas avoir eu connaissance des événements des années précédentes ; en tout cas, il n’en fait pas mention et, sur la question de l’éducation occidentale, il adopte une position ambiguë, comme on peut le déduire des derniers paragraphes de sa conférence. D’autres ont déjà interprété et pris position à ce sujet. Mais il est évident que son adhésion superficielle à la luminosité de l’enseignement occidental contredit son pessimisme « leopardien » face aux conséquences du progrès importé par la modernité.

J’ai travaillé cette série par couches. Une première couche est transparente et constitue la reproduction d’une photo prise par Aby Warburg à Keams Canyon. Une deuxième couche est la reproduction de la pétition communautaire de mars 1894, adressée aux « Washington Chiefs » par les chefs Hopi et signée par chacun d’entre eux avec le dessin de son totem. La troisième couche est ma reprise, grossière et profane, de certaines de ces « signatures-totems », à la manière d’un tatouage rouge fluorescent.

Source de ce travail : B. Cestelli Guidi, N. Mann, Photographs at the Frontier. Aby Warburg in America, 1895-1896, Londres 1998.


Cinq. La Taranta.

2022 Galatina remix 01, 30×40 cm

Si je me suis intéressé au thème de la Taranta – qui, en Italie, est loin d’être seulement un sujet d’études ethnomusicologiques et démographiques, mais est devenu un phénomène de culture populaire, à la fois cultivé et de masse –, c’est parce que, compte tenu de mon âge et de mes origines géographiques, j’aurais pu être moi-même l’un de ces jeunes qui regardent la tarantolate depuis la fenêtre de la petite maison où se sont précipités les trois musiciens-thérapeutes.

Pour cette nouvelle série, j’ai repris une série précédente de neuf petits formats (Galatina 1961), en choisissant différents plans fixes, d’un intérêt plus « autobiographique », tirés du documentaire de Gianfranco Mingozzi La Taranta (1962). La série Galatina Remix comprend donc douze pièces au format 30 x 40 cm, chacune portant une ou deux lettres de la phrase Et in Arcadia Ego, transcrite sur une carte topographique du sud de l’Italie. Chaque tableau est complété par des pièces de puzzle peintes en rouge fluorescent et disposées selon la suite de Fibonacci, de 0 pour la première à 89 pour la douzième (comme on le sait, la suite de Fibonacci, créée pour calculer le taux de reproduction des lapins, considère chaque nombre comme la somme des deux qui le précèdent).

Dans le dernier tableau de la série, le puzzle est presque complet et l’image (la femme vêtue de noir qui tourne autour de la place jusqu’à s’effondrer sur l’oreiller que son mari a apporté et qu’il place sous sa tête) est presque entièrement recouverte de rouge. Comme le dit Quasimodo à la fin de son texte accompagnant le documentaire : Ce qui pouvait sembler être de l’oléographie ou du folklore entre désormais dans le domaine des soins neurologiques. Dans l’évolution du monde d’aujourd’hui, cet héritage ancien du Moyen Âge touche désormais à sa fin.

J’avoue avoir choisi cette structure en pensant à Mario Merz (Crocodilus Fibonacci, 1972, entre autres) et aux formes en spirale que j’ai utilisées dans des œuvres récentes (Going round and round, 2024).

2022 Galatina remix 02-12, 30×40 cm chaque élément de la série

Une autre œuvre tirée d’un film documentaire de Gianfranco Mingozzi : Con il cuore fermo. Sicilia, de 1965. Le thème est l’émigration à laquelle sont contraints les jeunes Siciliens, opprimés par un système agricole féodal et, bien sûr, par le pouvoir de la mafia.

De ce film, je n’ai utilisé que quelques photogrammes tirés de la première séquence, dans laquelle une voix off énumère les statistiques sur l’émigration de la Sicile vers l’Europe du Nord et où l’on voit les familles se dire au revoir sur le quai de la gare maritime de Messine.

J’ai gravé le titre, en respectant la police et le format d’origine, avec un stylo Bic sur des cartes topographiques. À travers les mots du titre, l’arrière-plan du tableau, en rouge fluorescent. Les trois images fixes sont transférées sur du verre et constituent le premier plan de chaque pièce.

2022 Con il cuore fermo 01-03, 30×40 chaque élément de la série

 

Six. Rovine nella selva.

2016 Ruins in the Forest A 02, Poggio Rota, 30×40 cm

Già m’avean trasportato i lenti passi dentro a la selva antica tanto, ch’io non poteva rivedere ond’io mi `ntrassi…

Depuis quelques années déjà, je travaille sur le thème de la nature soumise à la civilisation (et vice versa), sachant pertinemment que, depuis la lecture de *Au-delà de la nature et de la culture* (Paris, 2005) de Philippe Descola, il n’existe plus d’espace naturel exempt de toute intervention humaine. Dans les photographies que je réalise à travers l’Europe, il y a toujours un élément naturel qui prédomine sur la présence des empreintes humaines, réduites à des traces et des signes minimes, bien que présents. C’est le concept de « rupestre » qui m’intéresse.

2016 Ruins in the Forest A 03, Settecannelle, 30×40 cm

Si le terme « rupestre » définit des formes d’art réalisées sur ou avec les roches (tombes, sanctuaires, graffitis, peintures), il peut également être utilisé pour décrire les objets artificiels qui se sont naturalisés, lorsqu’ils s’intègrent à la nature environnante.

En suivant cette piste, je suis revenu à Dante, en particulier aux vers de la Comédie dans lesquels le poète évoque une forêt antique qui n’est autre que la représentation d’un monde dépourvu d’humains. Les vers du chant XXVIII du Purgatoire décrivent une « forêt antique » qui n’est autre que le paradis terrestre, où l’homme a autrefois vécu dans un état de grâce, loin du péché et de la technologie. J’ai travaillé de manière allégorique sur ce thème d’un Éden perdu et pas encore retrouvé ; j’en ai fait deux séries de tableaux, une série A et une série B, idéalement placées l’une face à l’autre.

2016 Ruins in the Forest A 10, Poggio Rota, 30×40 cm

La première série est composée de dix impressions sur verre, au format 30×40. À travers l’image rendue transparente, on peut lire le texte de Dante, reproduit sur un papier Canson sans solution de continuité, comme un télégramme.

Dante Alighieri a probablement été le dernier visiteur d’un jardin d’Éden. Aucune forêt, pas même la forêt qui s’est développée parmi les formations volcaniques du Lamone, ne peut aujourd’hui être qualifiée de « primitive ». Même la conservation de la nature est un fait artificiel. Dans la réserve naturelle, les traces de la « civilisation » sont visibles partout : des murs d’enceinte effondrés, des vestiges de pavage romain, des sillons creusés par les charrettes des charbonniers, des tas de pierres qui furent autrefois des tours étrusques et, enfin, les bandes rouges et blanches de la signalisation de randonnée.

Ce n’est certainement pas la nature décrite par Leopardi, cette déesse cruelle qui, dans ses manifestations destructrices, ne se soucie guère du destin humain (Dialogue entre la nature et un Islandais, 1824). Il s’agit ici d’une « réserve naturelle», un lieu où le « primitif » n’est plus qu’un souvenir.

Les éléments naturels et humains sont ici indiscernables, fusionnés dans un monde où l’on ne sait plus qui l’emporte. On ne sait pas si là-bas, un pêcheur venu d’une autre galaxie pourrait trouver les os devenus coraux, les yeux devenus perles, même en mettant en pratique la théorie anti-scientifique proposée par Hannah Arendt : la perforation contre la stratigraphie, c’est-à-dire la nécessité de détruire le passé pour en extraire ce qui est « précieux et rare ».

Face à la série que nous venons de décrire, on en trouverait une autre, similaire par le format et la technique mais dont le sujet est légèrement différent. Dans ces autres tableaux, la présence humaine est plus visible. On entrevoit dans la photographie des vestiges monumentaux plus « structurés », perdus dans la nature, encore reconnaissables mais certainement plus reconstituables. En arrière-plan des photographies transparentes, on reconnaît des cartes topographiques découpées et réassemblées ; elles pourraient ou non indiquer l’emplacement de ces paradis terrestres improbables. Ce sont des cartes de l’Institut géographique militaire des années 1950.

2023 Rovine nella selva 06, Poggio Conte, 30×40 cm

J’essaie ici d’osciller entre une certaine « beauté » de l’image et son caractère d’avertissement. Je n’y cherche rien de spectaculaire ni de dramatique, mais je pense qu’il y flotte une certaine inquiétude : un sentiment qui nous unit et fait de nous des « umana cosa».

2023 Rovine nella selva 09, Castro, 30×40 cm

 

Sette. Monstrum nostrum.

 2021 Histoire des monstres 00, Poggio Rota, 30×30 cm

 Décembre 2021
C’est en attendant un sommeil qui tardait à venir et en feuilletant le catalogue d’une exposition sur les océans, que j’avais emprunté à mon fils adolescent, que je suis tombé, ou plutôt retombé, sur certaines gravures anciennes représentant des monstres marins.

Il faut dire que mon esprit était en quelque sorte à l’affût ou à la recherche d’images plus ou moins subliminales, mais propices aux cauchemars, car deux autres livres reposaient sur ma table de chevet : Monstros, du philosophe portugais José Gil (Lisbonne, 1994) et Metamorfosi d’Emanuele Coccia (Turin, 2022).

Au lendemain de ma redécouverte, j’ai cherché à la bibliothèque une édition des bestiaires d’Ulisse Aldrovandi (1522-1605), le médecin et philosophe bolognais unanimement considéré comme un précurseur des études d’histoire naturelle. Je suis tombé (par hasard), dans la modeste bibliothèque municipale de Nîmes, sur une première édition de la Monstrorum Historia. Publié à Bologne en 1642, l’exemplaire que j’avais entre les mains portait la signature du prieur de la Chartreuse de Villeneuve-lès-Avignon : « Emptus Anno 1643 », acheté en 1643. Il était évident qu’à la suite des confiscations des biens ecclésiastiques après la Révolution française, la bibliothèque de la chartreuse, ou du moins une partie de celle-ci, s’était retrouvée dans la capitale régionale.

2024 Histoire des monstres 20, Rosignano Solvay, 24×42 cm

Parmi toutes les créatures monstrueuses répertoriées par Aldrovandi (rarement par observation directe), j’ai choisi les animaux marins. Ils m’ont semblé les plus aptes à s’adapter aux habitats visuels que je leur ai imposés de manière tyrannique.

Cette série présente donc en toile de fond la reproduction d’une gravure d’Aldrovandi, sur laquelle est posée une photographie de paysage, reproduite sur verre. Des éléments textuels sont également présents ; ils n’ont pas de relation analogique avec l’une ou l’autre des couches, mais constituent la couture qui les relie entre elles, comme des marginalia ajoutés au fil de la lecture. Ce sont des citations tirées des textes qui ont accompagné mon travail, transcrites à l’encre de Chine ou au pastel à la cire, parfois soulignées par des tampons à l’allure chinoise (outre les Gil et Coccia déjà cités : Jurgis Baltrusaitis, Le Moyen Âge fantastique, Paris 1955, Gilbert Lascault, Le Monstre Dans l’Art Occidental, Paris 1973, Claude Kappler, Monstres, démons et merveilles à la fin du Moyen Âge, Paris 1980 et Martial Gédron, Les monstres, Paris 2018).

2024 Histoire des monstres 34, Marinella di Sarzana, 24×42 cm

Ce qui me semble avoir radicalement changé dans le monde occidental au cours des dernières décennies – à un rythme toujours plus rapide – et qui relègue au second plan tous les principes des Lumières, de l’humanisme laïc et même de l’humanisme chrétien, c’est la conception de « l’autre ». C’est comme une cristallisation de l’étranger, perçu comme un bloc d’altérité et de danger et, bien sûr, considéré comme moins humain que « nous ».

Le thème de l’altérité m’a toujours intéressé, peut-être pour des raisons autobiographiques, tout comme celui de l’intrus, celui qui se trouve au mauvais endroit au mauvais moment.

2024 Histoire des monstres 37 bis, La Fiora, 24×42 cm

En réalisant des tableaux où je représente des monstres marins échouant sur les rives de la Méditerranée, je me demande qui est le plus monstrueux : ces poissons ou ces amphibiens au visage humanisé, ou bien ceux qui les laissent agoniser sur les plages. Je m’interrogeais sur la part de monstruosité de l’homme occidental.

Cette série fait également écho aux changements politiques et sociaux que nous vivons actuellement. « Mes » monstres sont allégoriques, certes, et possèdent ce côté « humain » qui peut inspirer de la sympathie : bien qu’ils soient des parias, des « étrangers », on a l’impression de pouvoir parler leur langue. On se demande s’il ne serait pas possible d’être amis.

2025 Histoire des monstres 44 bis, Vietri sul Mare, 24×42 cm

Ce travail m’a occupé pendant près de trois ans et a été ma seule activité créative, en dehors de mes productions d’art appliqué. Au cours de l’hiver 2024-2025, j’ai de nouveau parcouru en voiture les côtes de la « Mer du Milieu », de Port Bou à Vietri sul Mare, au sud de Naples.

J’ai photographié des lieux que je connaissais déjà sous la lumière estivale. L’aspect de ces côtes est très différent en hiver. Elles sont transformées par les tempêtes d’automne, avec tous les débris et les épaves qui les recouvrent et qui sont nettoyés à l’approche de la belle saison.

J’ai transcrit divers textes sur les gravures d’Aldrovandi, de manière hâtive et approximative : des passages de La Tempête de William Shakespeare, ceux de la chanson d’Ariel (Full fathom five thy father lies;/ Of his bones are coral made; Those are pearls that were his eyes: Nothing of him that doth fade, But doth suffer a sea-change/ Into something rich and strange).

J’ai également recopié au crayon la merveilleuse traduction napolitaine de la chanson, écrite par Eduardo De Filippo peu avant sa mort et publiée par Einaudi en 1984 : Nfunn’a lu mare/ giace lu pate tujo./ L’ossa so’ addeventate de curallo,/ ll’uocchie so’/ dduje smeralde…/ E li spoglie murtale, tutte nzieme/ se songo trasfurmate:/ mò è na statula de màrmole/ prigiato, sculpito e cesellato!

2025 Histoire des monstres 47, Vietri sul Mare, 24×42 cm

2025 Histoire des monstres 49, Nisida, 24×42 cm

2025 Histoire des monstres 58, Nervi, 24×42 cm

 

* Hannah Arendt, ”Walter Benjamin, L’omino gobbo e il pescatore di perle”, Il futuro alle spalle, Bologna 1981, p. 160.

Le texte ci-dessus est une version abrégée et traduite par DeepL d’une conférence présentée lors d’un séminaire de l’European Graduate School, à l’Accademia di Belle Arti de Bergame, en juin 2025 : The Transparency of the History.

.

.

Puglianella, 2024.

The subject of this series is the popular character of Pulcinella (Punchinello) from the Neapolitan glove puppets theatre (please refer to Bruno Leone‘s Casa delle Guarattelle and to the World Enciclopedia of Puppetry Arts related article).

On June 18 2024 I completed 104 sketches, following the venerable examples of Giandomenico Tiepolo and Mimmo Paladino Punchinello drawings, and, as on October 14, I had done a total of 208.

About 50 original drawings have been transferred on ceramics, and I maintain the right to reproduce them in the future.

.

Please also see the links to the Giorgio Agamben’s book on Pulcinella (2015), to the recent show of Mimmo Paladino drawings (Naples 2023-2024) and to the Giandomenico Tiepolo  series Divertimenti per li regazzi (also, the Italian Wikipedia article on this popular figure).

”La morte è morta!”, Anonymous guarattellaro, Genoa, april 2013.
.

Pourquoi Polichinelle ?

Pourquoi ce personnage de divertissement populaire et enfantin, alors que Spuglia est censé faire, depuis quarante ans, un art érudit et engagé et même, comme il prétend, ”une photographie de l’histoire” ? Et avec tout ce qui arrive dans le monde ?

Que peut dire de ”sensé” ce guignol dont le seul ressort dramaturgique est le constant malentendu linguistique avec ses adversaires, et le seul levier comique est sa (très limitée) mimique ?

N’ayant pas de réponse à ce questionnement, ne sachant pas pourquoi, après une visite au mont Janicule de mon enfance avec mon fils Lucien, où l’on assista à une représentation en tous points identique, mot par mot, du Pulcinella e il diavolo que je vis en 1961, je décidai, devant son enthousiasme, de l’aider d’abord dans la construction d’un théâtre en carton et, par la suite, de me mettre moi-même à dessiner des Polichinelles, entreprise pour laquelle j’eus la chance de tomber sur deux illustres antécédents, les 104 dessins de Polichinelle de Domenico Tiepolo (fin XVIIIe siècle) et les 104 dessins, du même sujet, de Mimmo Paladino (fin XXIe siècle).

Ces petits dessins, qui au lieu que 104 sont devenus 208 (je ne le dis pas par vantardise mais parce-que leur exécution est des plus rapides), ont fini naturellement par être reproduits sur des supports d’art applique, la céramique, l’ardoise. Le personnage de Polichinelle vient de la culture populaire et il y retourne. Il servira à décorer une assiette ou un carreau sur lequel on posera une cafetière.

Ce n’est qu’après avoir entrepris ce labeur que j’ai commencé à me documenter et j’ai trouvé des béquilles idéologiques de grande envergure : Giorgio Agamben et Bruno Leone. Du premier je vais citer le Polichinelle ou Divertissement pour les jeunes gens en quatre scènes (édition française Macula 2017 et italienne Nottetempo 2015) et en particulier la phrase, très réconfortante pour moi : ”Précisément parce qu’elle porte en elle une dimension métahistorique, la comédie entretient un lien intime avec l’histoire, elle en porte la crise – le jugement – en tous sens décisive” (p. 13).

Ce paragraphe vient juste après ceux où Agamben dit comment les comédies de Aristophane, Lysistrata, Le Acharniens, ont été écrites dans une ville sous siège et dévastée par la pestilence.

Bruno Leone (le ‘’sauveur’’ de la tradition napolitaine des Guarattelle, le théatre de rue des marionnettes à main) ne manque pas de citer Agamben (qui à son tour le cite) quand il parle de la voix de Polichinelle, produite avec un instrument mécanique, la pivetta ou ‘’sifflet pratique’’ : ”La voix – le geste – de Polichinelle montre qu’il y a encore quelque chose à dire quand il n’est plus possible de parler, tout comme ses blagues montrent qu’il y a encore quelque chose à faire quand toute action est devenue impossible” (G. A., Autoritratto nello studio, Nottetempo 2017, p. 109, édition française Autoportrait dans l’atelier, l’Arachnéen 2020, que je n’ai pas consulté, c’est pour ça que la traduction est la mienne).

Il est émouvant de lire Leone quand il décrit comment, face à une vraie situation de guerre (l’invasion de l’Irak en 1990) il doit faire jouer Polichinelle, qui ne s’exprime habituellement que dans des situations de conflit : avant qu’ils ne puissent le toucher, tous les adversaires, le diable, le policier, le mafieux tombes raides morts : la guerre l’empêche de faire la guerre.

Là est la mission de la marionnette : ‘’Pulcinella con la sua voce e il suo ballare mette in scena la voglia di vivere nella sua essenza primordiale’’.  Polichinelle, avec sa voix et sa danse, met en scène la volonté de vivre dans son essence primordiale (B.L., ‘’La voce di Pulcinella’’, Revista de Estudos sobre Teatro de Formas Animadas, Florianópolis 2018, v. 1, n. 19, pp. 46-60).

Et cette volonté de vie d’un personnage (du latin persona, de l’étrusque Φersu) est plus forte que tout, même que la mort : voir la représentation d’un Guarattellaro de Gênes, en avril 2013, ”La Morte è morta !”….  https://www.youtube.com/watch?v=nzYrQGg9znc.
.

Perché Pulcinella?

Perché questo personaggio di intrattenimento popolare e infantile, quando Spuglia da quarant’anni dovrebbe fare arte erudita e impegnata e persino, come sostiene, “una fotografia della storia”? E con tutto quello che sta succedendo nel mondo?

Che cosa può dire di “sensato” questo istrione, la cui unica qualità drammatica è la costante incomprensione linguistica con i suoi avversari, e la cui unica leva comica è la sua (limitatissima) mimica?

Non avendo una risposta a questa domanda, non sapendo perché, dopo una visita al Gianicolo della mia infanzia con mio figlio Lucien, dove abbiamo assistito a uno spettacolo identico in tutto e per tutto, parola per parola, al Pulcinella e il diavolo che avevo visto nel 1961, ho deciso, visto il suo entusiasmo, prima di aiutarlo nella costruzione di un baracchino di cartone e, poi, di imbarcarmi in un’impresa – con il dovuto rispetto – artistica : mi sono ispirato a due illustri precedenti, i 104 disegni di Pulcinella di Domenico Tiepolo (fine XVIII secolo) e i 104 disegni dello stesso soggetto di Mimmo Paladino (fine XXI secolo).

Questi piccoli disegni, che invece di 104 sono diventati 208 (non lo dico per vantarmi ma per sottolineare la loro rapidità di esecuzione), sono destinati a essere riprodotti su supporti di arte applicata, ceramica, ardesia, sughero. Il personaggio di Pulcinella proviene dalla cultura popolare e vi ritorna. Verrà utilizzato per decorare un piatto o una piastrella su cui verrà appoggiata una caffettiera.

Solo dopo aver iniziato questo lavoro ho cominciato a documentarmi e ho trovato delle ottime stampelle ideologiche: Giorgio Agamben e Bruno Leone. Del primo citerò Pulcinella ovvero Divertimento per li regazzi in quattro scene  (Nottetempo 2015) e in particolare la frase, per me molto confortante: ”Proprio perché porta in sé una dimensione metastorica, la commedia mantiene un legame intimo con la storia, ne porta la crisi – il giudizio – in ogni senso decisivo” (p. 13).

Questo paragrafo viene subito dopo quelli in cui Agamben dice come le commedie Lisistrata e Gli Achei di Aristofane siano state scritte in una città assediata e devastata dalla pestilenza.

Bruno Leone (il “salvatore” della tradizione napoletana delle Guarattelle, il teatro di strada dei burattini) non manca di citare Agamben (che a sua volta lo cita) quando parla della voce di Pulcinella, prodotta con uno strumento meccanico, la pivetta o “fischietto pratico”: “La voce – gesto – di Pulcinella dimostra che c’è ancora qualcosa da dire quando non è più possibile parlare, così come i suoi lazzi mostrano che c’è ancora qualcosa da fare quando ogni azione è diventata impossibile” (G. A., Autoritratto nello studio, Nottetempo 2017, p. 109).

È commovente leggere Leone raccontare come, di fronte a una situazione di guerra reale (l’invasione dell’Iraq nel 1990), debba interpretare Pulcinella, che di solito si esprime solo in situazioni di conflitto: prima che possano toccarlo, tutti gli avversari, il diavolo, il poliziotto, il mafioso, muoiono: la guerra gli impedisce di fare la guerra.

Questa è la missione del burattino: “Pulcinella con la sua voce e il suo ballare mette in scena la voglia di vivere nella sua essenza primordiale’’ (B.L., ”La voce di Pulcinella”, Revista de Estudos sobre Teatro de Formas Animadas, Florianópolis 2018, v. 1, n. 19, pp. 46-60).

E questa volontà di vita di un personaggio (dal latino persona, dall’etrusco Φersu) è più forte di tutto, anche della morte: si veda la rappresentazione di un Guarattellaro genovese, nell’aprile 2013, ”la Morte è morta!’….
(https://www.youtube.com/watch?v=nzYrQGg9znc)

.

All the Punchinellos sketches:

01-04
.
05-08
.
09-12
.
13-16
.
17-20
.
21-24
.
25
-28
.
29-32
.
33-36
.
37-40
.
41-44
.
45-48
.
49-52
.
53-56
.
57-60
.
61-64
.
65-68
.
69-72
.
73-76
.
77-80
.
81-84
.
85-88
.
89-92
.
93-96
.
97-100
.
101-104
.

And the ”off-the-shelf” drawings:
105-108.
.
109-112
.

113-116

.

117-120

.

121-124

.125-128
.
129-132

.

133-136

.

137-140

.

141-144

.

145-148

.

149-152

.

153-156
.
157-160
.
161-164
.
165-168
.
169-172
.
173-176
.
177-180
.
181-184
.
185-188
.
189-192
.
193-196
.
197-200
.
201-204
.
205-208

.
.

Up to 130, August 2024.

.

.

 

.

This series is followed (end of October 2024) by the Pinocchiella sketches, which will be reproduced on slate tablets.

Note: you may have noticed the play on words between “Pulcinella” and “Puglianella”, which aims to desacralize this almost mythological character, while taking artistic responsibility for such a desecration.

 

Le monument enfoui (2023-2025)


(Un mémorial pour Bernard Lazare)

Érigée par souscription publique et inaugurée à la présence du vice-président du Sénat Frédéric Desmons en octobre 1908, mutilée après la première Guerre mondiale, défigurée par un ‘’Mort aux juifs’’ à la peinture noire dans les années 40, entreposée dans un square municipal et finalement utilisée comme matériel de remblai pour le monument à la Résistance érigé en 1946 sur un lieu d’exécution nazie, la statue de Bernard Lazare à Nîmes, qui figurait en bonne place à l’entrée des jardins de la Fontaine, à proximité des monuments à Antoine Bigot, écrivain occitan, protestant et républicain et à Jean Reboul, boulanger-poète catholique et royaliste, n’a toujours pas retrouvé sa place, que ça soit une réplique à l’identique, comme geste de rétablissement symbolique face aux assauts de la droite extrême, ou un nouveau signe, qui voit dans l’œuvre de mémoire une transformation créative de l’héritage historique.
.

Le monument aux Martyrs de la Résistance, boulevard Jean Jaurès à Nîmes (Photo Stéphane Mahot, 2016).
.

.
PS : Ce qui suit est un compte-rendu de ma visite aux archives municipales de Nîmes, 28/03/2023, sur sollicitation du Collectif Mémoire et histoire (Dossiers 4H57 sur l’édification du monument aux martyrs de la Résistance, 92W22 et 2070 W 113 sur le rétablissement du monument à Bernard Lazare).

La question du rétablissement d’un monument à Bernard Lazare s’est posée à plusieurs reprises, après la destruction de la stèle inaugurée en 1908 aux Jardins de la fontaine, notamment en 1984-1986 et 2000-2001.

En 1984, un échange entre le maire de Nîmes, Jean Bousquet et le ministre de la culture, Jack Lang, aboutit en 1986 à un financement de la part de l’État pour 150.000 francs (la moitié de la somme envisagée) apparemment jamais utilisés. Aujourd’hui 300.000 francs correspondraient à 86.000 euros. La somme, considérée dérisoire par tous les acteurs à l’époque, fut finalement retenue aussi par les artistes qui répondirent à l’appel de la Mairie.

Plusieurs artistes ayant été envisagés, finalement c’est le projet de Christian Boltanski, personnellement présenté par Bob Calle (directeur du Carré d’art) qui fut le plus proche d’être adopté. N’ayant finalement pas eu de réponse de la part de l’administration nîmoise, Boltanski se retira du projet, trois ans après l’avoir présenté. Surement son projet était encore précoce et trop difficile à réaliser.

En 1990-1992 la discussion se rouvre, le maire n’ayant pas approuvé le projet de Dani Karavan (dont, contrairement à celui de Boltanski, je n’ai pas retrouvé de traces aux archives). Finalement Bob Calle se dessaisit de l’affaire et Christian Liger, adjoint au maire délégué à la culture, semble faire de même.

En 2000-2001 une requête de Carole Sandrel (Les amis de Bernard Lazare), en préparation du centenaire de la mort de l’écrivain, semble remuer un peu les choses, mais apparemment sans suite.

Le projet de Boltanski, prévoyait, au lieu qu’une réalisation monumentale, une installation de pierres, accompagnées de petites plaques, sur une falaise surplombant un bassin, à la hauteur de “l’avant dernière terrasse du jardin de la Fontaine”.  Ces pierres auraient dû venir de chaque lieu d’où une différente communauté serait venue à Nîmes, pour un minimum de douze et jusqu’à trente, comme un mémorial qui se construirait au fur et à mesure.

Ce que Boltanski ne savait surement, puisque cela l’aurait intrigué, est que la statue existait toujours : démontée pendant la seconde guerre mondiale et après un séjour dans le jardin du musée du vieux Nîmes, elle avait fini par être intégrée comme matière première du monument aux martyrs de la Résistance, édifié à partir de 1946 sur l’avenue Jean Jaurès.

La stèle elle-même était bien endommagée et défigurée, comme le montre une image tirée d’un article de Georges Mathon publié en 2003 sur son site www.nemausensis.com (bien évidents le visage de Lazare barbouillé et le « tag » mort aux juifs).

Avril 2023
.

(D’après le site www.nemausensis.com)

À la suite, un choix de documents issus des archives municipales de Nîmes (92W22 et 2070 W 113) :

 

.

 

L’emplacement prévu par Boltanski, en contrebas de la Tour Magne.
.

Suite.

(Le Collectif Histoire et Mémoire s’est engagé dans la perspective de rétablir le monument à Bernard Lazare sur l’emplacement et dans les formes d’origine, impliquant les différents acteurs administratifs et associatifs, à l’occasion de l’anniversaire de sa naissance, en 2025, et est parvenu à ses fins).

.

L’avant-veille du remplacement de la statue de Bernard Lazare, le 12 décembre 2025.
.
E la veille…
.

.

Hic sunt dracones, 2025.

Mon douzième portfolio réalisé à l’imprimerie SEP est une sorte de compte-rendu d’un travail des quatre dernières années sur les thématiques de la monstruosité et de l’altérité. Vous y retrouverez les ‘monstres’ de Gramsci mais aussi une sélection de travaux issus du grand bestiaire d’Ulisse Aldrovandi et la première image d’une nouvelle série basée sur des cartes nautiques anciennes : Hic sunt dracones.
.

Fenomeni morbosi svariati 01 bis et 02 bis, 2023.
L’espace entre ténèbres et lumière de l’Histoire, ce n’est malheureusement pas l’interrègne entre vieux et nouveau monde dont parle Gramsci (le ’clair-obscur’ d’une anonyme traduction française). Et les ’phénomènes morbides’ n’ont pas à surgir puisqu’ils sont déjà entre nous et en nous. Mais on ne peut pas s’abstenir d’en appeler à ’un peu de lumière’, un peu de raison. Juste un peu.
Dans ce travail j’ai reproduit sans la modifier la photo signalétique de Gramsci de janvier 1935 et j’ai transcrit au pastel gras le message de l’anarchiste Candido Abbate, saisi dans une prison fasciste en 1929 : ’Nous autres les camarades nous sommes tous isolés nous attendons le moment qu’un peu de lumière nous soit éclairée que maintenant nous vivons dans les ténèbres’.
.

Palestine Broadcasting Service 01 C, 2024.
Le premier volet d’une trilogie, qui reprend des images d’archives de la radio de la Palestine sous mandat britannique (1936-1948), qui transmettait en arabe, hébreu et anglais. L’instantané d’une société entrevue en un de ces moments d’interrègne où le possible reste ouvert, entre deux catastrophes historiques. La source de ce cette série est l’image reproduite dans l’ouvrage d’Elias Sanbar Les Palestiniens : La photographie d’une terre et de son peuple de 1839 à nos jours (Paris 2004, p. 272), qui porte la légende ’L’orchestre de la radio palestinienne (anonyme, vers 1940)’.
.

Histoire des monstres 55, 58 et 59, 2025.
Cette série m’a occupée pendant près de quatre ans et fait écho aux changements politiques et sociaux que nous vivons. ’Mes’ monstres sont allégoriques, certes, et ont ce côté ’humain’ qui peut inspirer de la sympathie : tout en étant des parias, des ’aliens’, on dirait qu’on peut parler avec eux dans la même langue. À l’hiver 2024-2025 j’ai encore sillonné en voiture les côtes de la Méditerranée, de Port Bou à Vietri sul Mare, prenant des photographies que j’ai transférées sur verre et à travers lesquelles on peut reconnaître les gravures de la Monstrorum historia d’Ulisse Aldrovandi et des textes transcrits de manière hâtive, brouillonne : des passages de la Tempête de William Shakespeare, les rimes de la chanson d’Ariel.
.

Dante a Rosignano Solvay, 2024-2025.
Les travaux comme celui-ci viennent de la fréquentation de sites naturels et/ou industriels, vus comme s’ils étaient des vestiges de civilisations disparues. Que ça soit Fos-sur-Mer, Rosignano Solvay ou une mine à ciel ouvert près d’Alès, ce qu’ils ont en commun est le fait d’être traités avec un certain regard “romantique”, qui en fait des paysages à la Piranèse ou à la Hubert Robert. Il y a aussi le procédé de superposition de couches sémantiques différentes, dans une stratification des traces qui renvoie à une manière d’archéologie au négatif.
.

Figure d’une autre espece de balaine, 2025.
À la frontière entre France et Italie, où plusieurs fois je fus moi-même arrêté par les douaniers. Avec les premiers rayons de soleil derrière la pointe des Balzi rossi surgît et échoue une autre espèce de balaine. Celui-ci est sûrement le dernier tableau de la série Histoire des monstres, ayant largement exploité les estampes d’Aldrovandi et n’en trouvant pas d’aussi ‘humaines’ que celles dessinées par son graveur, Giovanni Battista Coriolano (1590-1649). Je n’ai pas trouvé l’origine de cette illustration, dénichée sur Internet.
.

Polifilo alla Marina di Vietri 01 bis et Polifilo alla Bufalara 01 bis, 2025.
Je présente ici une revisitation d’images accompagnant le Songe de Poliphile (Francesco Colonna, Hypnerotomachia Poliphili, Venezia, Aldo Manuzio, 1499). Dans cette œuvre romanesque, les protagonistes Poliphile et Polia se retrouvent entre les ruines du Polyandrion qui, d’après les exégètes modernes, pourrait se traduire par “le cimetière des morts d’amour”. L’île de Cythère, qui servait de décor aux aventures des deux amoureux imaginaires, est devenue une plage méditerranéenne en hiver, de nos jours. Le cortège de Sémélé se déploie parmi les barques déposées sur la grève de Vietri sul Mare et la rencontre avec le loup advient sur l’embarcadère de la Bufalara, près de Sabaudia, en vue du mont Circé.

.

Il mio dodicesimo portfolio realizzato presso la tipografia SEP è una sorta di resoconto di un lavoro degli ultimi quattro anni sui temi della mostruosità e dell’alterità. Vi ritroverete i “mostri” di Gramsci, ma anche una selezione di lavori tratti dal grande bestiario di Ulisse Aldrovandi e la prima immagine di una nuova serie basata su antiche carte nautiche: Hic sunt dracones.

Fenomeni morbosi svariati 01 bis e 02 bis, 2023.
Lo spazio tra le tenebre e la luce della Storia non è purtroppo l’interregno tra il vecchio e il nuovo mondo di cui parla Gramsci (il “chiaroscuro” di un’anonima traduzione francese). E i “fenomeni morbosi” non devono emergere, poiché sono già tra noi e dentro di noi. Ma non si può fare a meno di invocare “un po’ di luce”, un po’ di ragione. Solo un po’.
In questo lavoro ho riprodotto senza modificarla la foto segnaletica di Gramsci del gennaio 1935 e ho trascritto a pastello il messaggio dell’anarchico Candido Abbate, requisito in una prigione fascista nel 1929: “Noialtri compagni semo tutti isolati aspettiamo il momento che ci venga rischiarata un po’ di luce che ora vivemo nelle tenebre”.

Palestine Broadcasting Service 01 C, 2024.
Il primo capitolo di una trilogia che riprende immagini d’archivio della radio della Palestina sotto mandato britannico (1936-1948), che emetteva in arabo, ebraico e inglese. L’istantanea di una società intravista in uno di quei momenti di interregno in cui tutto pare ancora possibile, tra due catastrofi storiche. La fonte di questa serie è l’immagine riprodotta nell’opera di Elias Sanbar Les Palestiniens : La photographie d’une terre et de son peuple de 1839 à nos jours (Paris 2004, p. 272), che reca la didascalia “L’orchestra della radio palestinese (anonimo, 1940 circa)”.

Histoire des monstres 55, 58 e 59, 2025.
Questa serie mi ha tenuta occupato per quasi quattro anni e fa eco ai cambiamenti politici e sociali che stiamo vivendo. I “miei” mostri sono allegorici, certo, e hanno quel lato ‘’umano’’ che può ispirare simpatia: pur essendo emarginati, “alieni”, sembra che con loro si possa parlare una lingua comune. Nell’inverno 2024-2025 ho ancora percorso in auto le coste del Mediterraneo, da Port Bou a Vietri sul Mare, scattando fotografie che ho trasferito su vetro e attraverso le quali si possono riconoscere le incisioni della Monstrorum historia di Ulisse Aldrovandi e testi trascritti in modo frettoloso e vago: dalla Tempesta di William Shakespeare, le rime della canzone di Ariel.

Dante a Rosignano Solvay, 2024-2025.
Questo e altri simili lavori ‘’paesaggistici’’ nascono dalla frequentazione di siti naturali e/o industriali, visti come se fossero vestigia di civiltà scomparse. Che si tratti di Fos-sur-Mer, Rosignano Solvay o una miniera a cielo aperto nei pressi di Farnese, ciò che hanno in comune è il fatto di essere trattati con un certo sguardo “romantico”, alla Piranesi o alla Hubert Robert. C’è da menzionare anche il processo di sovrapposizione di diversi livelli semantici, in una stratificazione di tracce che rimanda a una ‘’archeologia al negativo’’.

Figura di un’altra specie di balena, 2025.
Al confine tra Francia e Italia, dove più volte sono stato fermato dagli esimi doganieri. Con i primi raggi di sole dietro la punta dei Balzi rossi, emerge e si arena un’altra specie di balaine. Questo è sicuramente l’ultimo quadro della serie Histoire des monstres, per la quale ho ampiamente sfruttato le stampe di Aldrovandi senza trovarne altre così “umane” come quelle disegnate dal suo incisore, Giovanni Battista Coriolano (1590-1649). Non ho trovato l’origine di questa illustrazione, scovata su Internet.

Polifilo alla Marina di Vietri 01 bis e Polifilo alla Bufalara 01 bis, 2025.
Mostro qui una rivisitazione di alcune incisioni che accompagnano il Sogno di Polifilo (Francesco Colonna, Hypnerotomachia Poliphili, Venezia, Aldo Manuzio, 1499). I protagonisti di quest’opera romanzesca, Polifilo e Polia, si ritrovano tra le rovine del Polyandrion che, secondo taluni esegeti moderni, potrebbe essere tradotto come “il cimitero dei morti d’amore”. L’isola immaginaria di Citera, che faceva da sfondo alle avventure dei due amanti, è diventata una spiaggia mediterranea, d’inverno, ai giorni nostri. Il corteo di Semele si snoda tra le barche depositate sulla spiaggia di Vietri sul Mare e l’incontro con il lupo avviene sul molo della Bufalara, vicino a Sabaudia, in vista del monte Circeo.

SP, novembre 2025.

Immagine di copertina: Hic sunt dracones 01, collage, 70×103, 2025.

.

Ponge (2022-2025).

.
Juin 2025. En pleine canicule, une reprise du travail sur Ponge inspirée par les temps qui courent : “Mais quelle est la notion propre de l’homme . La parole et la morale. L’humanisme. Paris 21 mars 1936”.
.

Ponge 00, 2025, 24×42.
.

“Je puis me plaire à considérer Rome, ou Nîmes, comme le squelette épars, ici le tibia, là le crâne d’une ancienne ville vivante, d’un ancien vivant…”,
Francis Ponge, Le parti pris des choses, Paris 1942, p. 75.

2 janvier 2022. En ce début d’année, je débute aussi un nouveau travail. Avant-hier, 30 décembre, j’ai achevé la série Histoire des monstres,  d’après les gravures de Ulisse Aldrovandi et hier, dernier jour de l’année 2021, profitant d’une lumière de brume assez exceptionnelle dans cette partie de la France, je suis monté à bicyclette au Cimetière Protestant et j’en ai photographié les pourtours, sans y pénétrer.

Au retour à la maison j’ai repris le livre de Jean-Christophe Bailly sur ses voyages en France (Le dépaysement, Paris 2011) et je l’ai ouvert au chapitre 23. Castellum acquae : ” Nemausensis poeta, c’est ainsi que Francis Ponge aimait à s’annoncer…”

Depuis longtemps, depuis que je sais que Francis Ponge est enterré dans ce cimetière d’une insoutenable beauté, à quelques centaines de mètres de chez moi, que je pense aller visiter sa tombe, mais je ne l’ai jamais vraiment fait. Son patronyme ne figure pas parmi ceux des personnalités illustres, sur la carte accrochée à l’entre monumentale, et en flânant dans les allées mousseuses, en compagnie d’un chat errant ou de l’autre, je n’ai jamais posé les yeux sur son nom, ni ai-je voulu interroger les gardiens à son sujet.

Hier aussi, au lieu que rentrer, maintenant que je connaissais le sujet de mon travail nouveau, je suis resté aux abords des deux secteurs du cimetière, séparés par un cadereau canalisé et bétonné pour éviter les inondations. J’ai pris quelques photos de l’intérieur par les bouches d’évacuation des eaux, ayant la tête à la hauteur du terrain et des tombes.

PS : les scans utilisés en fond à mes photographies viennent de l’édition de 1979 de Francis Ponge, Le parti pris des choses, Paris 1942.
.


.

Ponge 01, 24×42, 2022.
.

Ponge 02, 24×42, 2022.
.

Ponge 03, 24×42, 2022.
.

Ponge 04, 24×42, 2022.
.

Ponge 05, 24×42, 2022.
.

Ponge 06, 24×42, 2022.
.

2 January 2022. At the beginning of this year, I embarked upon a new project. The day before yesterday, 30 December, I completed the series Histoire des monstres, based on engravings by Ulisse Aldrovandi, and yesterday, the last day of 2021, taking advantage of foggy conditions that are quite unusual in this part of France, I cycled to the Protestant Cemetery located a few hundred meters from my home and photographed its perimeter, without entering it.

Upon returning home, I picked up Jean-Christophe Bailly’s book on his travels in France (Le dépaysement, Paris 2011) and turned to chapter 23, entitled Castellum acquae: “Nemausensis poeta, as Francis Ponge liked to refer to himself…”

For a long time, ever since I learned that Francis Ponge was buried in this unbearably beautiful cemetery, I had been thinking of visiting his grave, but somehow I never managed to do so. His name does not appear among the illustrious figures on the map posted at the monumental entrance, and while strolling through the mossy paths, in the company of a stray cat, I never found his name, nor did I want to ask the cemetery’s caretaker.

Yesterday, having decided on the subject of my new project, I returned but rather than entering the cemetery, I remained at the edge of its two divisions, separated by a concrete-paved ditch dug below the street level to avoid flooding. Looking through the ditch’s drainage holes situated at the ground level, I took some pictures of the cemetery’s interior and the tombs from this unusual viewpoint.

 

Notes :

Mais je ne suis pas loin de Nîmes. N’y puis-je rien y faire à ta place ? Au splendide jardin de la route d’Alès (1) (qui m’est si cher), n’aurez-vous pas à venir ? Ne puis-je rien préparer ?
Francis Ponge, Lettre à Jean Paulhan, 22 mars 1944, in  Correspondance 1923-1946, Paris 1986, p. 309.
La note (1) de l’éditeur récite : Il s’agît du cimetière protestant de Nîmes, où se trouve le monument funéraire de la famille Ponge-Fabre.

 

 

 

 

 

La Buoncostume-Salpêtrière (2020)

La Buoncostume-Salpêtrière
2020
34×34, technique mixte.

Le sujet des Inconnus de la Salpêtrière me suit maintenant depuis plus de vingt ans. Dans les années 90 du siècle dernier, je fréquentais beaucoup les archives et les bibliothèques des Écoles de médecine ou des Hôpitaux de Paris, à la recherche de sujets de traitement psychiatrique aussi bien que de regard photographique. Dans le fonds Charcot de la Salpêtrière j’avais trouvé six images d’aliénés, probablement prises par Albert Londe au début du XX siècle, sur lesquelles j’ai travaillé en les reproduisant en xylographie, en 1999, au cours d’un séjour en Norvège.

Á mon retour en France, je n’ai pas été capable de retrouver ces sources de travail, auxquelles je voulais donner un nom. Depuis, fasciné peut-être par les regards de ces « sujets », je n’ai pas cessé de reprendre ces six petites photocopies qui m’étaient restées (voir l’article de mon site Nouvelle iconographie).

Il y a dix ans, dans des circonstances hasardeuses, je suis tombé sur des photographies d’identification de la police italienne, issues probablement de la section des moeurs (La Buoncostume) de la Préfecture de Rome. Ces images, à en juger par les vêtements et l’appareil de ces sujets, datent de la fin des années 60 du XX siècle. Elles aussi m’ont suivi longtemps, comme un défilé statuaire dont le caractère anonyme même me captivait. Et, étant donné que ce qui me captivait était peut-être le trait noir qui leur censurait les yeux,  j’ai voulu placer derrière, comme une ombre, d’autres images qui ne sont que du regard.

En cette fin 2020, j’ai l’idée soudaine de reprendre les deux séries d’images et de les reproduire en miroir et avec un miroir. Le troisième élément de ce jeu est ma propre image devant ces images.

Puis-je, insistant tellement sur ces pauvres photographies, creuser là-dedans, un peu plus, la question de la pose et du portrait ?

 

 

 

 

 

Monstrum nostrum 2025

.

Monstrum nostrum.
Un portfolio. Douze estampes 14×24 sur papier offset 300 gr., un texte.
Numéroté et signé en 30 exemplaires.
.
.

.

Ce qui me semble avoir radicalement changé dans le monde occidental au cours des dernières décennies – de manière de plus en plus accélérée – et qui met en minorité tous les principes des Lumières, de l’humanisme séculier et même de l’humanisme chrétien, c’est la conception de ‘’l’autre’’. C’est comme une cristallisation de l’étranger, perçu comme un bloc d’extranéité et de danger et, évidemment, considéré comme moins humain que ‘’nous’’.

Le thème de l’altérité m’a toujours intéressé, tout comme celui de l’intrus, celui qui se trouve au mauvais endroit au mauvais moment.

Depuis quelques ans, je fais des tableaux où je représente des monstres marins débarquant sur les rivages de la Méditerranée, et je me pose la question de savoir qui est le plus monstrueux, ces poissons ou ces amphibiens au visage humanisé, ou ceux qui les laissent agoniser sur les plages. Je m’interrogeais sur la part monstrueuse de l’homme occidental.

Cette série m’a occupée pendant près de trois ans et a été ma seule activité de création, en dehors de mes productions d’art appliqué (voir la page Folk Art 2003-2025 de mon site salvatorepuglia.info). Elle fait également écho aux changements politiques et sociaux que nous vivons. ‘’Mes’’ monstres sont allégoriques, certes, et ont ce côté ‘’humain’’ qui peut inspirer de la sympathie : tout en étant des parias, des ‘’aliens’’, on dirait qu’on peut parler avec eux une même langue. On se demande si on ne pourrait pas être amis.

À l’hiver 2024-2025 j’ai encore sillonné en voiture les côtes de la “Mer du milieu”, de Port Bou à Vietri sul Mare, au sud de Naples.

J’ai photographié des lieux que je connaissais déjà sous la lumière d’été. L’aspect de ces rivages est bien différent en hiver. Ils sont transformés par les tempêtes automnales, avec tous les débris et les épaves qui les couvrent et qui sont nettoyés à l’approche de la belle saison.

J’ai transcrit des textes sur les gravures imprimées à partir de l’ouvrage d’Aldrovandi, de manière hâtive, brouillonne : des passages de la Tempête de William Shakespeare, ceux de la chanson de Ariel (Full fathom five thy father lies;/ Of his bones are coral made; Those are pearls that were his eyes: Nothing of him that doth fade, But doth suffer a sea-change/ Into something rich and strange).
J’ai également transcrit la merveilleuse traduction napolitaine de la chanson, réalisée par Eduardo De Filippo peu avant sa mort et publiée par Einaudi en 1984 : Nfunn’a lu mare/ giace lu pate tujo./ L’ossa so’ addeventate de curallo,/ ll’uocchie so’/ dduje smeralde…/ E li spoglie murtale, tutte nzieme/ se songo trasfurmate:/ mò è na statula de màrmole/ prigiato, sculpito e cesellato!

Aux photographies prises entre l’Espagne et l’Italie j’ai ajouté des images de littoraux bretons, après la lecture d’un récit d’anticipation de Guy Boucher dans Histoires extraordinaires de l’île de Batz (2016) où le mythe fondateur de l’île – l’expulsion du dragon – est relié aux problèmes et conséquences du changement climatique. Je leur ai superposé des animaux fantastiques, peint à même le verre, en rouge fluorescent. On peut voir dans ce portfolio la reproduction de deux de ces travaux.

 

Galatina remix (2022-2024).

Préface

Si je me suis intéressé au sujet de la Taranta – qui en Italie est loin d’être seulement un sujet d’études ethno-démo-musicologiques – mais est devenu un phénomène de culture populaire, en même temps savante et de masse – c’est que, vu mon âge et mes origines géographiques, j’aurais pu moi-même être l’un de ces garçons qui guettent la tarantolata par la fenêtre de sa masure.
J’ai entrepris la traduction en français du texte de Salvatore Quasimodo, Prix Nobel de littérature en 1959, auquel Gianfranco Mingozzi s’adressa, sans doute par le biais de son mentor, Cesare Zavattini.
Le texte, qui fait bien référence aux écrits de l’ethnologue Ernesto De Martino (Sud e Magia, Milano 1959 et probablement La terra del rimorso, Milano 1961), fut rédigé en moins de vingt jours, Mingozzi souhaitant présenter son film au très proche Festival dei popoli de Florence (janvier 1962, où effectivement il gagna le prix Marzocco d’oro).

Je vais reprendre cette série récente de neuf petits formats (Galatina 1961) en utilisant d’autres arrêts sur images, d’intérêt plus “autobiographique”. Il y aura douze 30×40, dont chacun portera une ou deux lettres de la phrase Et in Arcadia Ego, écrites sur une carte topographique d’Italie du Sud. Chaque tableau sera décoré de pièces de puzzle vierges, peintes en rouge fluo (acrylique La Pajarita Fluor F-3, qui remplace efficacement mon Lumen rosso 26) et appliquées selon la suite de Fibonacci, de 0 pour le premier à 89 pour le douzième (comme on le sait, la progression de Fibonacci née pour calculer le taux de reproduction des lapins, considère chaque numéro comme l’addition des deux qui le précèdent).
Au dernier tableau de la série, le puzzle, qui ne montre rien mais cache plutôt l’image au fur et à mesure qu’il avance, sera presque entièrement rempli.
J’avoue que j’ai choisi cette formule tout en pensant à Mario Merz (Crocodilus Fibonacci, 1972, entre autres) et à des formes en spirale dont je me suis servi pour des travaux récents (Going round and round).

.
Le texte de Quasimodo (Gianfranco Mingozzi, La Taranta, Kurumuny, Lecce 2009).
Et ma tentative de traduction française : Quasimodo La terre du remords

 

Ici un court extrait (1:20) de La Taranta remix :

.
Galatina remix, 2022.

01, 30×40.
.

02, 30×40.
.

03, 30×40.
.

04, 30×40.
.

05, 30×40.
.

06, 30×40.
.

07, 30×40.
.

08, 30×40.
.

09, 30×40.
.

10, 30×40.
.

11, 30×40.
.

12, 30×40.
.

 

.

Voir aussi : La Taranta replay. Performance au grand auditorium du Carré d’art, novembre 2023.
.

Une projection au studio Rayvox, novembre 2024:

.

La Taranta remix, performance (2023).

La Taranta, Gianfranco Mingozzi, documentary film, 1962, 18’12”. La Taranta remix, a performance by Salvatore Puglia, Carré d’Art, Nîmes, November 10, 2023.

(Performance replayed on Sunday, November 10, 2024 at the Rayvox studio in Nîmes).
.

”A l’époque des moissons, les paysans des Pouilles qui travaillent pieds nus sont parfois piqués par la tarentule. Dans la croyance populaire, ces victimes sont possédées par la maladie, par le Mal, par le Diable. Pour se libérer, les tarantati s’abandonnent à des mouvements convulsifs, évoquant ceux de l’araignée, sur une musique obsédante au rythme de plus en plus rapide. En été 1961, Gianfranco Mingozzi en fait un film à partir de La Terre du remords, une étude ethnographique pluridisciplinaire, avec la participation de l’ethnomusicologue Diego Carpitella, dont les enregistrements figurent dans le montage de La Taranta. Pour le commentaire, Mingozzi s’adressa au poète Salvatore Quasimodo, Prix Nobel de littérature en 1959.”

 

« Si je me suis intéressé au sujet de la Taranta – qui en Italie est loin d’être seulement un sujet d’études ethno-démo-musicologiques mais est devenu un phénomène de culture populaire, en même temps savante et de masse – c’est que j’aurais pu moi-même être l’un de ces garçons qui guettent la tarantolata par la fenêtre de sa masure. » SP

Grand auditorium – Carré d’art, Nîmes.
Vendredi 10 novembre 2023  à
18h30 

Rencontre Poésie/Cinéma 

Projection et lecture suivies d’une rencontre avec Salvatore Puglia et Suzanne Doppelt

 .

Le lien au travail Galatina remix et aux sources documentaires de la performance.

 

 

En écho… 

Galatina remix, travail plastique conçu par Salvatore Puglia à partir du film de Gianfranco Mingozzi

Exposition sur le plateau Adulte (entresol) mur Etudes côté Arts, du 7 novembre au 9 décembre 2023 

« Il y aura douze tableaux de 30×40 utilisant des arrêts sur images d’intérêt plus autobiographique. Chacun portera une ou deux lettres de la phrase Et in Arcadia Ego, écrites sur une carte topographique d’Italie du Sud. Chaque tableau sera décoré de pièces de puzzle vierges, peintes en rouge fluo (acrylique La Pajarita Fluor F-3, qui remplace efficacement mon Lumen rosso 26) et appliquées selon la suite de Fibonacci, de 0 pour le premier à 89 pour le douzième (comme on le sait, la progression de Fibonacci née pour calculer le taux de reproduction des lapins, considère chaque numéro comme l’addition des deux qui le précèdent). » SP

 

 

Pistris, 2024-2025.

.

Pistrice bicefala 01, 10×30, acrylic on slate.
.
Pistrice bicefala 02
.
Pistrice bicefala 03 (private collection).
.
Pistrice bicefala 04
.
Pistrice bicefala 05 (private collection).
.

 

.

Pistris bifida biceps

Questo lavoro di arte applicata, su ardesia e su ceramica, è una ripresa su altre forme della tematica della mostruosità, già sviluppata nella serie Histoire des monstres (2021-2025).

La Pistrice, come è noto, è un mostro marino mitologico, ibrido di mammifero carnivoro, di pesce e di serpente, divoratrice di esseri umani.
Ho rappresentato questa variante di Leviatano su tavolette di ardesia da 10×30 cm, in un formato a ‘’zoccolo’’ che permette di sviluppare il corpo e di apporvi una coda-fauce dalla quale – a partire da modelli trovati nel Medioevo fantastico di Jorgis Baltrusaitis che mi accompagna dal 1979 – fuoriusciranno personaggi contemporanei che forse qualcheduno riconoscerà.

Per informazioni e eventuali ordinazioni, potete andare sulla pagina Bio/Contacts di questo sito.

This applied art work, on slate and ceramic, is a reprise on other forms of the theme of monstrosity, already developed in the series Histoire des monstres (2021-2024).

The Pistris, as it is known, is a mythological sea monster, a hybrid of carnivorous mammal, fish and snake, a devourer of human beings.
I will represent this variant of Leviathan on 10×30 cm slate tablets, in a ”plinth” format that allows the body to be developed and a tail-fauce affixed to it, from which–from models found in Jorgis Baltrusaitis’ Fantastic Middle Ages, which has been with me since 1979–contemporary characters will emerge that perhaps some will recognize.

For information and possible orders, you can go to the Bio/Contacts page of this site.

Cette œuvre d’art appliqué, sur ardoise et céramique, est une reprise sous d’autres formes du thème de la monstruosité, déjà développé dans la série Histoire des monstres (2021-2025).

La Pistris, on le sait, est un monstre marin mythologique, hybride de mammifère carnivore, de poisson et de serpent, dévoreur d’êtres humains.
J’ai représenté cette variante du Léviathan sur des tablettes d’ardoise de 10×30 cm, dans un format « plinthe » qui permet de développer le corps et d’y apposer une queue, d’où émergeront – d’après les modèles trouvés dans le Moyen Âge fantastique de Jorgis Baltrusaitis, que j’ai en ma possession depuis 1979 – des personnages contemporains que certains reconnaîtront.

Pour toute information et commande éventuelle, veuillez vous rendre sur la page Bio/Contacts de ce site.

 

Histoire des monstres (2021).

C’est dans l’attente d’un endormissement qui ne venait pas, en feuilletant un livre illustré sur les Océans qui appartient à l’un de mes enfants, que je suis tombé, ou plutôt retombé, sur certaines gravures anciennes reproduisant des monstres de la mer.

Mon cerveau devait être dans une recherche subliminale d’images cauchemardesques, puisque les deux autres livres près du lit étaient Monstros du philosophe portugais José Gil (Lisboa 1994) et les Métamorphoses d’Emanuele Coccia (Paris 2020) .

J’ai donc recherché et repris en main les bestiaires de Ulisse Aldrovandi, médecin et philosophe bolognais (1522-1605), l’un des inventeurs de l’histoire naturelle. La source d’un nouveau travail était trouvée.

Pour reproduire les planches de la Monstrorum Historia j’ai utilisé un exemplaire qui, publié à Bologne en 1642, portait déjà en 1643 le cachet de la Chartreuse de Villeneuve lès Avignon. Cet exemplaire, sans doute à la suite des réquisitions révolutionnaires, se trouve aujourd’hui à la bibliothèque du Carré d’art de Nîmes.

Parmi toutes les créatures monstrueuses répertoriées par Aldrovandi (rarement par observation directe), j’ai choisi les animaux marins. Ils me paraissent plus appropriés à s’adapter aux habitats que je leur ai imposés de manière tyrannique.

Cette nouvelle série présentera par conséquent en toile de fond la reproduction d’une gravure d’Aldrovandi, sur laquelle une photographie de paysage sera posée en transparence. Il y aura un élément textuel aussi qui, sans avoir de relation directe avec l’une ou l’autre image, sera comme la couture qui reliera les deux autres couches : comme des marginalia adjoints dans le courant de la lecture. Il s’agira de citations des auteurs que j’ai lus en m’attablant à ce travail : je les transcrirai à l’encre de Chine.
(13 décembre 2021)

Histoire des monstres 00, Poggio Rota, 30×30, completed December 13.
.

Histoire des monstres 01, Fiora, 24×42, completed December 15.
.

Histoire des monstres 02, Lagos, 24×42, completed December 16.
.

Histoire des monstres 03, Rofalco, 24×42, completed December 17.
.
Histoire des monstres 04, Morgantina, 24×42, completed Decembre 19.
.
Histoire des monstres 05, Castro, 24×42, completed December 20.
.
Histoire des monstres 06, Brignogan-Plage, 24×42, completed December 22.
.
Histoire des monstres 07, Fratenuti, 24×42, completed December 24.
.
Histoire des monstres 08, Batz, 24×42, completed December 25.
.
Histoire des monstres 09, Fosso bianco, 24×42, completed December 26.
.
Histoire des monstres 10, Balena bianca, 24×42, completed December 27.
.
Histoire des monstres 11, Camp de César, 24×42, completed December 28.
.
Histoire des monstres 12, Ponte san Pietro, 24×42, completed December 29.
.

History of the monsters

Waiting unsuccessfully to fall asleep one evening, I was leafing through an illustrated book on the oceans that belongs to my eldest son, when I encountered, or rather re-encountered, some old engravings depicting sea monsters.

My brain must have been engaged in a subliminal search for nightmarish images, since the two other books that were lying near the bed were Monstros by the Portuguese philosopher, José Gil (Lisbon, 1994) and Metamorphoses by Emanuele Coccia (Paris, 2020).

So I searched for and consulted the bestiaries of Ulisse Aldrovandi, a noted physician and philosopher from Bologna (1522-1605), who is considered one of the fathers of natural history studies. This became the source of a new artistic project.

To reproduce the plates of the Monstrorum Historia, I used a version that was published in Bologna in 1642, and bore the stamp of the Charterhouse of Villeneuve lès Avignon in 1643. This publication is now preserved in the library of the Carré d’art in Nîmes, probably as a result of requisitions undertaken during the French Revolution.

Among all the monstrous creatures listed by Aldrovandi (he rarely observed them directly), I chose marine animals because they seem to me best adapted to the habitats that I tyrannically imposed on them.

This new series will therefore feature a reproduction of an Aldrovandi engraving as a backdrop, on which a transparent landscape photograph will be placed. I will also add some texts which, without being directly related to either image, will serve as the thread connecting the other two layers: like marginal notes added while reading a text. They will be quotations, transcribed in Chinese ink, from the authors who have read while approaching this latest work.

(December 13 2021)

.
I have used also:

J. Baltrusaitis, Le moyen âge fantastique, Paris 1955
G. Lascault, Le Monstre Dans l’Art Occidental, Paris 1973
C. Kappler, Monstres, démons et merveilles à la fin du Moyen Age, Paris 1980
M. Guédron, Les monstres, Paris 2018

.

Vie de Gustav Ammassalik, 1996.

Published in Révue de littérature générale, Paris, 1996/2

1996 Vie de Gustav Ammassalik

 

 

Articles parus dans la revue Vacarme (1999-2005).

.

L’art de la radiographie
Publiée dans Vacarme 08, printemps 1999, pp. 61-62.
.
Nana Frasina
Publiée dans Vacarme 12, été 2000, pp. 98-100.
.
1930 circa
Publiée dans Vacarme 23, printemps 2003, pp. 101-103.
.
Excursus, Quatre réflexions sur l’esthétique du fascisme
Publiée dans Vacarme 25, automne 2003, pp. 70-75.
.
Des errances croisées
Publiée dans Vacarme 30, hiver 2005, pp. 114-117.
.

 

 

 

Ceramic writings (2003-2024)

.
NEWS September 2024: producing 50 tiles 10×15 inspired by the Pulcianelli sketches.

Spuglia ceramics are produced in friendly collaboration with Vietriscotto, a traditional ceramic workshop operating on Italy’s Amalfi Coast (at Vietri sul Mare) since 1952.
.
2024, Canopiocchi su ceramica, 15×10 cm.
.
2024, Ur-scritture, 10×20 cm.
.



.


“Bestiaire” 21 cm, without border.
.


“Bestiaire” 21 cm with border.
.


Ceramic writings 26 cm.
.

See also the relatively recent: Dessins de Carême 2020 (for “wave” plates).

Please send inquiries and order to contact[at]salvatorepuglia.info.

.

Ceramic 2003-2023:

 


Voi ch’ascoltate…, 2003 (the very first one).
.

Spuglia Philosophie 01
La philosophie dans le boudoir
.

Spuglia Vedo rosso a

Spuglia Vedo rosso b
Vedo rosso (collection Lo Giudice-Mitrofanoff)
.

Spuglia-tavolo-croceverde
Tavolino croce verde
.

tavolo-martini
Tavolino Martini
.

tavolo-rossonero
Table Rouge et Noir
.

cher-papa-et

bagno-ercadi
Bagno Ercadi
.

Spuglia-bagno-Donnini-Occhiuzzi1
Bagno Occhiuzzi-Donnini
.

assiettes-de-trimardeur
Assiettes trimardeurs
.

zoccoli-trimardeur1
Carreaux trimardeurs

.

Piatti Inuit 2015Plates drum songs
.

Table-dressée-2016
Assiettes Heidsieck
.


Carreaux à plinthe

.

spuglia-zoccoli-scrittiZoccoli verderamino
.

Spuglia piatto onda Ginestra
Piatto “onda” La ginestra

.
Plat de Carême

.
Sushi 13×26
.
Mattonelle per Aula magna Università per stranieri di Siena.
.

 

La philosophie dans le boudoir

Vietri sul Mare est une petite ville de cinq ou six-mille habitants, perchée à l’extrémité du golfe de Salerne, à cinquante kilomètres au sud de Naples.
Depuis l’antiquité, grâce à un courant longeant les côtes du nord au sud, qui amenait naturellement ses bateaux vers la Sicile, les entrepreneurs de Vietri ont pu exporter la vaisselle faite avec la glaise des inépuisables carrières qui se trouvent à l’intérieur de ses terres.
Aujourd’hui encore la fabrication artisanale de la céramique est son activité principale. Dans les rues et les places de cette ville tout ce qui est signe est fait de ce matériau: façades, enseignes, pancartes, vases et animaux en faïence donnent à Vietri un aspect d’entrepôt de pacotille peinte à ciel ouvert.
Si on a des amis là-bas, on peut être introduit dans l’un de ces laboratoires artisanaux, pour y faire ses propres carrelages. On vous donne un tabouret au milieu des ouvriers, on vous confie un pot de la couleur que vous aurez choisi, un bleu de Delft par exemple, et on place à coté de vous une palette de carreaux prêts à être émaillés.
Sous le regard des ouvriers, curieux de voir ce que vous savez faire, vous aurez à décider comment couvrir de signes ces dalles. Vous avez décidé de jouer une parodie de l’art populaire, avec ses desseins «bien faits», ses dictons écrits en belle calligraphie. Vous avez décidé de mettre un texte philosophique sur ces surfaces, bien que ce ne soit pas la surface naturelle pour un tel travail de transcription. Vous sortez un livre de votre poche, un livre en langue étrangère, parce que vous n’avez pas envie que soit lisible ce que vous écrivez. Vous vous mettez à l’œuvre, d’une main maladroite qui ne vous obéit pas. Le pinceau va là où il veut, vous le laissez faire, cela peut vous convenir que de rédiger en mauvaise écriture un beau texte. On s’approche de vous et on vous fait gentiment remarquer que vous n’utilisez pas le bon pinceau. Mais, même avec le bon, vous en mettez partout. Au bout de quelques heures, les gens sont fatigués de se laisser amuser par vous et comprennent qu’il n’y a rien à faire, ils vous laissent tranquille. Vous en êtes à la troisième page de la philosophie dans le boudoir et au cinquantième carreau, vous n’en pouvez plus, maintenant votre main est libre vraiment et elle écrit ce qu’elle veut, et la journée de travail est bientôt finie.

La filosofia nel boudoir

Vietri sul Mare è una cittadina di quattro o cinquemila abitanti, incastonata su un promontorio erto, all’imbocco della costiera amalfitana.

Fin dai tempi preistorici, grazie a una corrente che scende lungo la costa tirrenica, da nord a sud, e che porta le imbarcazioni verso la Sicilia, i commercianti vietresi potevano esportare il vasellame prodotto con l’argilla scavata a Ogliara, una frazione di Salerno.

Ancora oggi la fabbricazione artigianale e semi-industriale di terraglie e di maioliche è l’attività principale di questa amena località campana. E Vietri ha sempre attirato artisti vagabondi, cui ha offerto possibilità di lavoro e ospitalità. Lo stile stesso della ceramica vietrese, il segno un po’ naif un po’ sincretico che la fa riconoscere immediatamente, è il risultato dell’incontro, negli anni ’20, fra pittori tedeschi di ispirazione modernista e artigiani locali dalle provate capacità.

Tutto ciò che è segno, nelle strade e nelle piazze di Vietri, è in ceramica dipinta: i rivestimenti delle facciate, le insegne dei negozi, i cartelli stradali. I balconi riempiti di vasi, di statuette e di varia animalia, così come le cupole delle chiese coperte di piastrelle verdi e gialle, contribuiscono a fare di questa località un gaio trionfo dell’horror vacui fittile.

Se si ha la fortuna di avere amici che vivono nella cittadina, si può essere accompagnati in un laboratorio ed essere presentati al mastro. Si cerca di spiegare cosa si intende fare. Ma è un amico che vi ha portato, non c’è bisogno di grandi discorsi: vi si prepara il vostro posto, vi si sistema uno sgabello davanti a un tornio, vi si procura una ciotola del colore che avrete scelto, un blu di Delft, per esempio, a imitazione degli azulejos, che a loro volta imitavano la porcellana importata dalla Cina. A lato del vostro sgabello viene sistemato un carrello di piastrelle smaltate, pronte per essere dipinte.

Sotto lo sguardo curioso degli operai, che si chiedono di quali abilità darete prova, vi troverete nella situazione di decidere rapidamente in che maniera coprire di segni queste mattonelle. Avrete deciso di eseguire una parodia di arte popolare, con le sue figurazioni precise e ripetitive, con i suoi proverbi scritti in bella calligrafia. Avrete deciso di apporre a queste superfici un testo filosofico, pur sapendo che quella non è la superficie destinata a ricevere una tale fatica di amanuense. Tirate un libro fuori della tasca, un testo misto di metafisica e di oscenità, un libro scritto in una lingua straniera: non avete voglia che ciò che trascrivete sia leggibile.

Vi mettete all’opra, con una mano malabile che non vi obbedisce. Il pennello va lì dove vuole; lo lasciate fare; in fondo vi conviene, questa redazione in brutta copia di un bel testo. Infine i vostri vicini non ne possono più di vedervi soffrire; ce n’è uno che si alza dal suo posto e viene a dirvi – gentilmente – che non state usando il buon pennello, che quello lì è il pennello sbagliato. Cambiate strumento, ma anche quello buono va lì dove vuole lui. Dopo qualche ora si sono finalmente stancati di divertirsi alle vostre spalle e capiscono che non c’è niente da fare; vi lasciano tranquillo. Siete arrivati alla terza pagina della filosofia nel boudoir, avete calligrafato cinquanta mattonelle e non ne potete più, è adesso che la vostra mano è libera davvero e scrive ciò che vuole, è presto finita la giornata lavorativa, e il bello è là da venire.

Vietri sul Mare, 2003

.

Palestine Broadcasting Service, 2024.

Le premier volet d’une trilogie, Palestine Broadcasting Service, qui reprend des images d’archives de la radio de la Palestine sous mandat britannique (1936-1948). L’instantané d’une société entrevue en un de ces moments d’interrègne où le possible reste ouvert, entre deux catastrophes historiques. La source de ce premier travail est l’image reproduite dans l’ouvrage capital d’Elias Sanbar Les Palestiniens : La photographie d’une terre et de son peuple de 1839 à nos jours (Paris 2004, p. 272), qui porte la légende ‘’L’orchestre de la radio palestinienne (anonyme, vers 1940)’’.

À la photographie extraite du livre de Sanbar j’ai associé trois autres éléments : une écriture automatique au crayon gras, à même la photo imprimée de l’orchestre, qui pourrait être de l’hébreu ou de l’arabe ou du grec et qui ne répète qu’un seul mot ; ensuite, la reproduction de la une du Palestine Post du 31 mars 1936, relatant l’inauguration de la nouvelle radio d’état et sa grille de programmation proportionnelle à la démographie du territoire ; enfin, l’estampe, repeinte à l’acrylique rouge fluorescent, d’un des monstres d’Ulisse Aldrovandi (Historia monstrorum, Bononia 1642, le ”Monstrum marinum Daemoniforme”.

J’ai utilisé, pour les quatre autres versions que je montre dans cet article, les gravures d’Aldrovandi qui portent les titres ”Monstrum Marinum humana facie”, ”Andura piscis aspectu suillo”, ”Monstrua Niliaca Parei”, et ”Equus marinus monstrosus”. Les deux dernières présentent aussi deux illustrations reprises du Combat d’amour en songe de Francesco Colonna (Hypnerotomachia Poliphili, Venetiis : in ædibus Aldi Manutii, accuratissime, mense decembri 1499).

PBS 01 A, 26×42, 2024.
.
PBS 01 B, 26×42, 2024.
.
PBS 01 C, 26×42, 2024.
.
PBS 01 E, 26×42, 2024.
.
PBS 01 F, 26×42, 2024.
.

Voir aussi :

https://fr.wikipedia.org/wiki/Palestine_Broadcasting_Service
https://www.rfi.fr/en/middle-east/20190329-power-radio-during-british-mandated-palestine (d’où j’ai repris les autres photos).
https://www.palestine-studies.org/en/node/78483 (Andrea L. Stanton, This is Jerusalem Calling: State Radio in Mandate Palestine, University of Texas Press, 2012).
Jerusalem interrupted: modernity and colonial transformation 1917-present, ed. Lena Jayyusi, Northampton, MA: Olive Branch Press, 2010.

.

 

Et, pour le concert d’Arturo Toscanini à Tel Aviv, devant le pavillon italien de la Foire du Levant, le 26 décembre 1936 :

Source : https://www.youtube.com/watch?v=aa1glU9ms40&t=3s (un court extrait de la symphonie n° 8 de Schubert, “l’inachevée”). Aussi, sur ce séjour du chef d’orchestre italien : Toscanini en Palestine (mais celle-ci est une autre histoire, bien sûr).

 

Fenomeni morbosi ter 02, 24×42, 2023.

 


Ce dernier travail de la série Fenomeni morbosi svariati en est une synthèse. J’ai condensé en un tableau tous les éléments qui constituaient  le triptyque, à l’exception des grillons de Baltrusaitis qui étaient ici superflus.
La série comprenait trois reproductions de scènes du Miracle de l’hostie consacrée de Paolo Uccello (Galerie nationale des Marches d’Urbino), sur les six qui composent la prédelle, en transparence sur des fonds provenant d’archives historiques italiennes, en particulier le Casellario Politico Centrale conservé à l’Archivio Centrale dello Stato à Rome.
Les fonds étaient : la transcription manuelle d’une lettre saisie à un détenu des prisons fascistes en 1929, que j’ai transcrite en 1979, quand je fréquentais quotidiennement les Archives pour mes recherches sur le mouvement ouvrier romain ; la photo signalétique d’Antonio Gramsci de janvier 1935, que j’ai transformée sur Photoshop en un logo à la Che Guevara ; la reproduction de la première page de l’index informatisé du Casellario, sous l’intitulé “Prisonniers politiques” ; un autre élément d’arrière-plan était la reproduction d’un panneau du Moyen Âge fantastique de Jurgis Baltrusaitis, ouvrage que j’ai acquis en 1979 comme documentation pour mon étude du panneau de Paolo Uccello, étude que je n’ai finalement jamais achevée.
En ce qui concerne le premier plan de mon triptyque : je suis bien conscient d’avoir parasité la beauté de la peinture d’Urbino, c’est d’ailleurs ce qui à l’époque m’avait poussé à l’étudier et à y entrer ainsi d’une manière moins intrusive qu’aujourd’hui.

La prédelle de Paolo Uccello, exécutée en 1467-1469 sur la commande de la confrérie du Corpus Domini, s’inscrivait dans un programme de création des Monts de Piété, ainsi que d’affirmation du récent dogme de la transsubstantiation, qui nécessitait des représentations fortement antisémites (voir, entre autres, les essais de Marilyn Aronberg Lavin (1967) et de Jean-Louis Schefer (2007).

Dans ce travail de synthèse j’ai reproduit sans la modifier la photo signalétique de Gramsci et j’ai transcrit au pastel gras le message de l’antifasciste romain, respectant ses fautes de grammaire : ‘’Nous autres les camarades nous sommes tous isolés nous attendons le moment qu’un peu de lumière nous soit éclairée que maintenant nous vivons dans les ténèbres’’.

Dans l’imagerie des ténèbres et de la lumière, je ne peux ne pas penser aux persécutions religieuses. Aussi, je suis touché par l’expression, pourtant banale, ”noialtri” employée par le camarade Candido de Manziana. Curieusement, les traducteurs automatiques donnent, en français, ” le reste d’entre nous”. Peut-être, par un aléa informatique, y retrouve-t-on quelque vérité : ‘’ce qui reste de nous’’ dans un temps de ténèbres. Mais je me plais à le traduire, en forçant un peu bien sûr : ”nous les autres”, les autres en nous.

Je dis ailleurs (‘’I mostri di Gramsci’’) comment, plutôt que dans un ‘’entre nous’’, je pourrais peut-être envisager de me reconnaître dans une ‘’humanité commune’’, à laquelle font appel La Cimade et Edwy Plenel, au lendemain de l’adoption par l’assemblée nationale d’une loi contre l’immigration qui sera une date historique (19 décembre 2023).

La scène de Paolo Uccello ici reproduite est la deuxième, celle où l’usurier juif, qui s’acharne sur le corps du Christ, est découvert et arrêté par les milices de la ville.

Fenomeni morbosi ter 02, 24×42, 2023.

L’espace entre ténèbres et lumière de l’Histoire, ce n’est malheureusement pas l’interrègne entre vieux et nouveau monde dont parle Gramsci (le ‘’clair-obscur’’ d’une anonyme traduction française). Et les ‘’phénomènes morbides’’ n’ont pas à surgir puisqu’ils sont déjà entre nous et en nous. Mais on ne peut pas s’abstenir d’en appeler à ‘’un peu de lumière’’, un peu de raison. Juste un peu.

Note. La phrase originale de Candido : ‘’Noialtri compagni semo tutti isolati aspettiamo il momento che ci venga rischiarata un pò di luce che ora vivemo nelle tenebre’’.

Les réflexions qui ont amené à ce travail :
I mostri di Gramsci
et le triptyque qui en est dérivé :
Fenomeni morbosi svariati

 

I mostri di Gramsci (2023).

Ogni volta che ho cercato me stesso, ho trovato gli altri.
Ogni volta che li ho cercati, in loro non ho trovato
che me stesso straniero.
Che io sia il singolo-moltitudine?

Da: Mahmud Darwish, Murale, Milano 2005, traduzione dall’arabo di Fawzi al-Delmi.
.

La frase di Gramsci, scritta nel carcere di Turi nel 1930 (fra il crack di Wall Street dell’ottobre del ’29 e l’affermazione del nazismo e dello stalinismo), ‘’La crisi consiste appunto nel fatto che il vecchio muore e il nuovo non può nascere: in questo interregno si verificano i fenomeni morbosi più svariati’’ diviene “Il vecchio mondo sta morendo. Quello nuovo tarda a comparire. E in questo chiaroscuro nascono i mostri”, sui manifesti verdi e rossi comparsi per le vie di Roma nel dicembre 2018.

Il cambiamento lessicale è stato operato dall’artista cileno Alfredo Jaar, il quale, per una sua installazione sui pannelli di affissione pubblica del Comune di Roma, ha utilizzato una traduzione italiana della traduzione francese di Gramsci, la quale recita: ’Le vieux monde se meurt, le nouveau monde tarde à apparaître et dans ce clair-obscur surgissent les monstres’’ (vedi la sua intervista a Artribune :
https://www.artribune.com/arti-visive/street-urban-art/2018/12/cosa-significano-quei-manifesti-su-gramsci-che-hanno-invaso-roma/).
”La dichiarazione che ho usato per il mio intervento pubblico a Roma è una riflessione perfetta su quello che penso stia accadendo oggi in Italia”, dichiara ad Artribune l’artista Alfredo Jaar. “La frase originale di Gramsci era la seguente: La crisi consiste appunto nel fatto che il vecchio muore e il nuovo non può nascere: in questo interregno si verificano i fenomeni morbosi più svariati. Questa dichiarazione è stata tradotta in molte lingue e la mia versione preferita era in francese: Le vieux monde se meurt, le nouveau monde tarde à apparaître et dans ce clair-obscur surgissent les monstres. Poi per caso, ho scoperto una versione italiana, traduzione di quella francese, che mi è piaciuta moltissimo perché al posto della parola interregno usa chiaroscuro, e al posto di i fenomeni morbosi più svariati usa mostri. Ho usato questa traduzione perché la trovo potente e poetica allo stesso tempo”. E così l’artista cileno ha realizzato manifesti verdi e rossi con caratteri in bianco che recitano: Il vecchio mondo sta morendo. Quello nuovo tarda a comparire. E in questo chiaroscuro nascono i mostri, una citazione della prima metà del Novecento, ma purtroppo sempre attuale. “A certi studiosi di Gramsci potrebbe non piacere, ma come artista mi sono preso la licenza poetica di usarla” afferma Jaar. “In un certo senso, si è trattato di un pretesto per portare la voce e le idee di Gramsci nell’Italia di oggi, perché sento che è necessario più che mai.” (…)

Questa stessa traduzione francese che ha ispirato la versione di Jaar era stata ripresa da Edwy Plenel nel suo Dire non (Don Quichotte éditions, Paris 2014, pp. 17-18). Plenel è ben consapevole di avere scelto una versione poetica, che non tradisce però il senso originario della citazione gramsciana: ‘Il est des alarmes que leur pertinence transforme en sentences proverbiales, bien loin de leur contexte historique. Au risque, parfois, d’une perte d’intensité, où s’affadit l’inquiétude première. Ainsi de cette réflexion d’Antonio Gramsci dans ses Cahiers de prison sur la crise comme conflit entre un vieux monde en train de mourir et un nouveau monde pas encore né. ‘’La crise consiste justement dans le fait que l’ancien meurt et que le nouveau ne peut pas naître’’, écrit précisément, en 1930, le communiste italien, emprisonné par le fascisme jusqu’à sa mort en 1937. Or on occulte trop souvent la phrase qui suit, où gît l’essentiel : « Pendant cet interrègne, on observe les phénomènes morbides les plus variés ». Essentiel sur lequel, en revanche, insiste, non sans bonheur, une variante poétique, souvent citée bien que littéralement infidèle au texte original italien : « Le vieux monde se meurt, le nouveau tarde à apparaître et, dans ce clair-obscur, surgissent les monstres ».
Nous vivons ce surgissement des monstres, ces phénomènes morbides des temps de transition et d’incertitude qu’à tort, l’on s’est habitué à nommer crises, comme s’il s’agissait de fatalités, alors qu’ils mettent à l’épreuve notre capacité à échapper aux pesanteurs du présent et à réinventer les espérances du futur. Ils sont bien là, ces monstres, devant nous, défilant dans nos rues, envahissant nos médias, imposant leurs imaginaires de violence et de haine (…)’’

Vedi, per la dizione originaria italiana, il rimarchevole lavoro di trascrizione e messa a disposizione del pubblico intrapreso da Alberto Soave in

Passato e presente

Qui la citazione, ripresa dal sito di Soave, ricollocata nel suo contesto:
‘’L’aspetto della crisi moderna che viene lamentato come «ondata di materialismo» è collegato con ciò che si chiama «crisi di autorità». Se la classe dominante ha perduto il consenso, cioè non è più «dirigente», ma unicamente «dominante», detentrice della pura forza coercitiva, ciò appunto significa che le grandi masse si sono staccate dalle ideologie tradizionali, non credono più a ciò in cui prima credevano ecc. La crisi consiste appunto nel fatto che il vecchio muore e il nuovo non può nascere: in questo interregno si verificano i fenomeni morbosi più svariati.’’
(Quaderno 3 (XX), § 24. Antonio Gramsci, Quaderni del carcere. A cura di Valentino Gerratana. Torino, Einaudi, 1975, volume I, p. 311. Ringrazio Eugenio Testa, compagno di strade romane, di manifestazioni e di frequentazioni dell’Istituto Gramsci di Paolo Spriano negli anni Settanta.)
‘’Morboso’’, in italiano, è, mi pare, semanticamente assai vicino al concetto di mostruosità, nel senso di un fenomeno patologico, o anormale, forse più esplicitamente che il ‘’morbide’’ francese. Con ‘’morbo’’ in italiano si designa volentieri una malattia infettiva o degenerativa.

Comunque sia, è evidente che tanto il tuttora anonimo traduttore francese, quanto l’artista Jaar e il pubblicista Plenel abbiano fatto riecheggiare nei mostri di Gramsci quelli del pittore Goya: ‘’il sonno della ragione genera mostri’’, ‘’El sueño de la razón produce monstruos’’, acquaforte del 1797 della serie Los caprichos, per la quale Francisco avrebbe lasciato questo commento: ‘’La fantasía abandonada de la razón produce monstruos imposibles: unida con ella es madre de las artes y origen de las maravillas’’, in una sorta di autocritica artistica o, come altri vedono, di apologia dell’Illuminismo. ‘’I fenomeni morbosi più svariati’’, per Goya, non implicano necessariamente un’alienità dei mostri da noi.

Già nella ripresa di Plenel (inizio 2014) i ‘’mostri’’ cui si fa riferimento sono quelli dell’estrema destra risorgente, con il suo corollario di odio e intollerenza nei confronti de ‘’l’altro’’. Jaar ha gli stessi riferimenti per l’Italia del 2018, così come molteplici citazioni inglesi dell’espressione gramsciana avevano accompagnato l’elezione di Trump nel dicembre 2016 (“The old world is dying, and the new world struggles to be born: now is the time of monsters”). Sempre però il mostro è alieno, anche se originario dello stesso corpo sociale. Cioè: ‘’noi’’ siamo normali e ‘’quelli’’ sono strani, o stranieri.

La difficoltà per me è già quella di dire ‘’noi’’, anche se, pur non volendolo, dentro a un ‘’noi’’ sono incluso: perché altrimenti, se sento ‘’quello è mussulmano’’ o ‘’quello è israeliano’’ o ‘’quello vota Le Pen’’, il mio primo moto non è di andare ad abbracciare la sua alterità, ma ho bisogno di un attimo di riflessione prima di includerlo nel mio panorama mentale e affettivo? (il mio ”noi”, eventualmente sarebbe quello di uno studente del Liceo classico statale Virgilio di Roma, figlio di repubblichini, che nell’anno 1972 era allo stesso tempo cattolico e comunista extraparlamentare; non mi pare che ce ne fossero due).

Il peso del mondo, 18×42, 2019 (elemento dell’installazione Millenovecento 2018-2021).

Il mio ‘’noi’’, all’altro estremo, sarebbe quello di un’umanità comune, quella cui fanno appello l’ONG La Cimade e Edwy Plenel all’indomani dell’adozione al parlamento francese (con i voti della destra e dell’estrema destra) di una legge contro l’immigrazione che avrà valore storico (19 dicembre 2023).
Mi piace ridire il “noialtri” del compagno di Manziana, che è un modo di dire “noi” che non conosco in altre lingue (neanche nel nosotros spagnolo e portoghese). Lo voglio leggere in altro modo che non l’identitario e caciarone ‘’noantri’’ (”fra di noi”): noi, altri.

Rivengo alla traduzione francese: « La crise consiste justement dans le fait que l’ancien meurt et que le nouveau ne peut pas naître : pendant cet interrègne on observe les phénomènes morbides les plus variés » (Cahiers de prison, traduction sous la responsabilité de Robert Paris, Gallimard, 1996 : Cahier 3, §34, p. 283).
Quanto a quella inglese, è certo che ‘’ now is the time of monsters’’ è ben più seducente che ‘’in this interregnum, a wide variety of morbid phenomena occur’’ (per una recente analisi anglofona della frase gramsciana rimando al saggio di Gilbert Achcar, ‘’Morbid Symptoms: What Did Gramsci Really Mean?’’, in: Notebooks: The Journal for Studies on Power, pubblicato Online nel febbraio 2022).
E Achcar, nel rimarcare l’imprecisione storica della diffusissima citazione (così come Plenel aveva sottolineato quella linguistica), riconosce la sua pertinenza nei tempi attuali: ‘’It is hence on the far right of the political spectrum that we are witnessing at present the most spectacular ‘morbid symptoms’ produced by the degeneration of capitalist politics. Applying Gramsci’s sentence to this reality is therefore legitimate, even if it is historically inaccurate.’’

Nell’aprile del 1979 acquisii il volume di Jurgis Baltrusaitis Il Medioevo fantastico, Milano, Adelphi, 1973 e Oscar Studio Mondadori 1977, che rimane a tutt’oggi una fonte d’ispirazione importante per il mio lavoro. Non so se ci troviamo in un nuovo Medioevo, ma la visione di quello dello storico dell’arte lituano, in cui mondi apparentemente separati e sconosciuti l’uno all’altro si rivelano teatri di scambio culturale, è una visione cui tengo tuttora.

Suppongo che il Baltrusaitis mi occorresse come appoggio iconografico per una ricerca in corso sulla predella dell’Ostia profanata di Paolo Uccello, ricerca che avrebbe dovuto divenire un Diplôme d’Études Approfondies à l’École des Hautes Études en Sciences Sociales, ciò che mai non divenne, essendo stato il 1980 non solo l’anno del mio primo soggiorno a Parigi ma anche quello dei miei primi tentativi artistici.

Ripensando al Paolo Uccello che in quella fine degli anni Settanta mi occupava insieme con i prodigi mostruosi di Baltrusaitis, mi è chiaro ora che cercavo dalle parti della normalità e dell’alterità, del ‘’noi’’ e del ‘’loro’’.

Gli storici dell’arte, in particolare Marilyn Aronberg Lavin (1967) et Jean-Louis Schefer (2007) hanno mostrato come la predella di Urbino, che narra la storia di una donna ‘’gentile’’ che procura un’ostia consacrata a un usuraio ebreo, il quale tenta di distruggerla col fuoco e col ferro e infine viene scoperto e suppliziato insieme con la sua famiglia, mentre l’anima della donna, dopo una lotta fra angeli e demoni, viene malgrado tutto salvata dall’inferno, si inscrive in un programma degli ordini mendicanti di edificazione dei Monti di Pietà, in alternativa al monopolio dei prestiti su pegno da parte degli usurai, maggioritariamente ebrei. Si trattava inoltre di affermare il recente dogma della transustantazione (Decreto sull’Eucaristia, 1551). La stigmatizzazione dell’altro era necessaria a questo programma.

L’essere di ‘’noi’’ o di ‘’loro’’ lo vivevo costantemente in quegli anni. Essendo buona parte dei miei amici e mentori di origine ebraica, ed essendo quello in Italia il momento di un rinnovamento dell’identità ebraica, anche nella critica al governo israeliano, mi capitava di trovarmi fuori posto e imbarazzante per gli altri, in una cena o un pranzo fra amici, in cui evidentemente ‘’non c’entravo’’. Ricordo come, nel giugno del 1982, al momento dell’invasione del Libano e del massacro di Sabra e Shatila, mi trovai a sentirmi dire: ‘’ma allora sono gli ebrei!’’ (vedi, al soggetto: Andrea Maori, Marta Brachini, Ebraismo: ricostruire dalle macerie L’associazionismo ebraico e di amicizia verso Israele nelle informative di polizia, Nuovi equilibri, Viterbo 2013, in particolare l’analisi del dibattito, nel luglio 1982 sulle pagine de Il Manifesto, fra Giorgio Agamben e Rossana Rossanda e il successivo intervento su l’Unità di Natalia Ginzburg).

Venti anni dopo, il 1° maggio 2002 – mi trovavo a vivere in Francia – partecipai a una Tribune publique, nella sala della Laiterie di Strasburgo, in occasione del secondo turno delle elezioni presidenziali francesi e dell’appello a votare Chirac per impedire l’elezione di Le Pen. Si era numerosi sulla scena a intervenire, uno dopo l’altro con i mezzi d’espressione di cui ognuno disponeva. Un collega artista portò una marionetta fatta di pezzi di scarto, che faceva parlare come fosse un ventriloquo. Io fui tra gli ultimi a parlare, in un’aula che si stava svuotando. Un’amica ha conservato gli atti di quella giornata:
Salvatore Puglia – plasticien italien.
Je vous prends quelques secondes, puisque je crois que ce qui compte ici, plus que de convaincre les convaincus, c’est de faire un geste symbolique et exprimer un témoignage. La parole, plus qu’ici entre nous, devrait être portée à celui qui a voté Front national.
Je vous prends quelques secondes, qu’on m’a demandé d’intervenir ici en tant qu’‘’italien’’. Or, être italien ne m’a jamais particulièrement intéressé. Être français ne m’a jamais particulièrement intéressé non plus.
Plus généralement, c’est le ‘’nous’’, le ‘’être entre nous’’ qui ne m’a jamais intéressé. (Qui avvertii una palpabile freddezza, fra il pubblico, riunitosi proprio per affermare una prima persona plurale). Il y a des situations exceptionnelles, et celle-ci en est une, où le ‘’nous’’ compte pour quelque chose. J’aimerais que cette fois-ci le ‘’nous’’ soit le plus large possible.
Je ne voudrais pas, le 6 mai prochain, devoir revenir chez vous en disant ‘’oh vous les Français, alors que nous les Italiens… ‘’

Torno al Medioevo fantastico. L’interesse di quest’opera è che, alla luce della sua conoscenza dell’arte orientale, Baltrusaitis dimostra come mondi che non sapevano neanche di conoscersi erano influenzati reciprocamente, almeno sul piano delle immagini: nei mostri e nelle bizzarrie medievali erano onnipresenti i motivi dell’arte islamica, buddista, cinese, oltre evidentemente all’eredità dell’antichità greco-romana, fino al soggetto dell’incontro fra I tre vivi e i tre morti, il quale ci sarebbe venuto dal Tibet.

Melfi, chiesa rupestre di santa Margherita. Taluni vedono nelle tre figure di sinistra Federico II di Svevia e suoi familiari in abiti da falconiere (vedi il sito Visioni dell’aldilà).

Trascrivo dal primo capitolo, ‘’Grilli gotici’’: “L’Antichità greco-romana possiede due volti: da una parte, un mondo di dèi e di uomini dove tutto è eroico e nobile nello schiudersi di una vita possente e organica, e, dall’altra, un mondo di esseri fantastici dalle origini complesse, venuti spesso da molto lontano, e che presentano mescolanze di corpi e di nature eterogenee. Eppure si tratta della medesima visione di un’epopea fatta di elementi e aspetti molteplici, che costituiscono un universo completo e unico.
Non così è nella storia delle sue sopravvivenze. Il Medioevo, che non ha mai perso contatto con l’antico sostrato, si volge ora verso l’uno, ora verso l’altro di questi aspetti.’’ (p. 39 dell’edizione 1979, traduzione di massimo Oldoni).

Mi chiedo se questa citazione non possa in qualche modo richiamare l’idea dell’interregno gramsciano.
Mi dico anche che nell’anno 2023 non abbiamo perso il contatto con il nostro sostrato, i mostri in noi. Ma, nell’opera di Baltrusaitis, trovo e trovavo l’idea che il mostro – recondito o acquisito che sia, preesistente o accolto – non è necessariamente ‘’morboso’’ e, anche, che una parte di mostruosità sia necessaria per poter comprendere quella degli altri.

(Fermo immagine dal film di Dino Risi I mostri, 1963, unanimemente considerato una critica corrosiva delle certezze dell’Italia del boom economico.)

Ancora, alla fine di tutte queste divagazioni, non ho risolto il problema iniziale: quando e come i ”fenomeni morbosi” sono divenuti ”mostri” e ”l’interregno” un ”chiaroscuro”?
Ho trovato su Internet qualche vecchia cartolina, una francese non datata (ma dalla grafica piuttosto ”anni Settanta”, un’americana del 1982.

.

Ho trovato anche una maglietta disponibile in nove colori diversi:

.

Circolo Arci ”Il cosmonauta”, Viterbo, maggio 2022
.

Infine, una nota positiva: la citazione di Gramsci, nella sua versione ”poetica”, è ancora e sempre d’attualità. I mostri, a forza di essere evocati, non fanno più tanta paura e possono ritrovarsi in un annuncio commerciale postato su Linkedin, a fine 2022:

‘’Créer des Mondes meilleurs avec et pour nos clients!”

.

Concludo riproducendo la foto segnaletica di Antonio Gramsci eseguita il 29 gennaio 1935 e consultabile presso l’Archivio Centrale di Stato (Casellario Politico Centrale). Non è la stessa delle magliette alla ”Che Guevara” ma è lo stesso una bella foto.

Antonio Sebastiano Francesco Gramsci (Ales, 22 gennaio 1891 – Roma, 27 aprile 1937).

.

Nota. Mi permetto di rimandare ad alcuni lavori personali su questa tematica:

Bestiaire, 2023

Histoire des monstres bis, 2023

Nuovi mostri, 2023

Birds of Lent, 2022

Histoire des monstres, 2021-2022

Disegni di quaresima, 2020

Le jardin des monstres, 2014

Infine, il risultato di questo lavoro di preparazione sarà un trittico, il quinto di una recente serie sugli anni Settanta:

Fenomeni morbosi svariati

 

Polytechnio (Anni Settanta, quattro), 2023.

Polytechnio, 2023 (Anni Settanta trittico quattro).
Three pieces 26×42 cm lead framed. Print on paper, digital print on glass.

The main inspiration for this little project is the film secretly made by  Nicolas Vernicos in November 16 and 17 1973, in front of the National Technical University of Athens:

Aylon Film Archives

The following text was taken from the Aylon Film Archives website:

The Athens Polytechnic uprising occurred in November 1973 as a massive student demonstration of popular rejection of the Greek military junta of 1967–1974, which had imposed a dictatorship in Greece on April 21, 1967.
The uprising began on November 14 with the occupation by students of The National (Metsovian) Technical University of Athens, which escalated into an anti-dictatorship protest, as thousands of citizens gathered there. The occupation ended in the early hours of November 17 when a tank invaded the university’s main entrance followed by the police and the army. The uprising triggered a series of events that caused the injury and the death of many civilians and led many others to imprisonment and torture. The filmmaker Nicolas A. Vernicos is in a room of the “Acropol” hotel, across the university. He records the events secretly.

I superimposed threes still from Nicolas Vernicos movie with three plates from Francesco Colonna Hypnerotomachia Poliphili (The Dream of Poliphilus, Aldo Manuzio, Venezia 1499), colored in red. No relation between them, apart from the confrontation of two – or three, with Ritsos poem – possible ‘’greeknesses’’ (Please refer to my website article: From Cythera series C).

The reproduced plates: Tryumph of Semele, Poliphilus encounters the Woolf, Dream of Poliphilus.

Yannis Ritsos poem ‘’Transparency’’, which appears in the second piece, is translated into Italian by Nicola Crocetti and into French by Nassia Linardou.

 

Polytechnio 01 (Tryumph of Semele), 26×42, 2023.
.
Polytechnio 02 (Poliphilus encounters the Woolf), 26×42, 2023.
.
Polytechnio 03 (Dream of Poliphilus), 26×42, 2023.
.

 

 

Les bêtes de Batz (2024).

.
J’ai beaucoup séjourné à l’île de Batz et ce n’est qu’à ma cinquième ou sixième visite que j’ai eu l’idée d’y consacrer un travail. Je le voyais comme la suite d’une série, parachevée entre 2021 et 2023, où des gravures anciennes de monstres marins étaient superposées à mes photographies de littoraux européens.
Pour ce dernier travail, j’ai utilisé six extraits du livre Histoires extraordinaires de l’île de Batz, publié en 2016 par Guy Boucher. Le dernier chapitre du livre est un récit d’anticipation qui relie le mythe fondateur de l’île aux problématiques du réchauffement climatique et imagine le territoire de l’île peuplé de reptiles gigantesques, issus d’expérimentations scientifiques hasardeuses. Ces bêtes font écho à ‘’mes’’ monstres tirés de l’Historia Monstrorum d’Ulisse Aldrovandi, le grand naturaliste bolognais du XVIe siècle.
J’ai reproduit ces monstres à l’acrylique rouge fluo, afin de leur donner un caractère encore plus irréel, confronté à l’aspect documentaire de mes photographies. J’ai utilisé la technique de la peinture sous verre, en transparence.
J’ai imprimé les extraits de Guy Boucher à même ma photographie, en police Courier et en une couleur pâle, qui s’estompe parfois dans l’image et n’est lisible que par bribes.

Voir aussi l’article critique de Nathalie Gallon dans 9live.com, janvier 2024 et quelques images de l’exposition à la salle Ty Enez Vaz.

.

Les bêtes de Batz, 2023
Six travaux 24×42, tirage UVgel sur plexiglas, acrylique sur verre, cadre en plomb.

Les bêtes de Batz 01 Equus marinus (sold).
.
Les bêtes de Batz 02 Aper Marinus
.
Les bêtes de Batz 03 Humana facie
.
Les bêtes de Batz 04 Niliaca Parei
.
Les bêtes de Batz 05 Sus marinus
.
Les bêtes de Batz 06 Andura Piscis
.

.

 

Un camp d’internement dans la garrigue (2016-2023).

.

Le Camp Saint Nicolas.

Comme on le sait, une stèle est la statue d’un lieu. Elle le constitue en point de repère de la mémoire historique, comme une épingle sur une carte d’état major.

Un lieu en manque, et l’on ne devrait pas tarder à l’en pourvoir : le camp d’internement de Saint Nicolas, situé dans les limites administratives de la commune de Sainte Anastasie du Gard et de celles de Nîmes, à l’intérieur du terrain militaire des Garrigues (actuellement géré par le 2e Régiment étranger d’infanterie), à proximité du croisement des routes qui relient Nîmes, Uzès et Poulx (départementales 979 et 135).

Dans le terrain militaire des Garrigues (près du Mas de Massillan) existait déjà un camp, ouvert depuis janvier 1940 pour environ 200 « étrangers hostiles » (surtout allemands et autrichiens), et qui hébergeait déjà autant de républicains espagnols (1). Quelques kilomètres plus au nord, le long de la route départementale qui relie Nîmes à Uzès (dont le trajet a changé depuis) et à proximité d’une ferme désaffectée, existait un grand terrain plat. C’est là où arrivèrent, le 27 juin 1940, après cinq jours d’un tragi-comique périple en train et d’une marche à pieds de quinze kilomètres, environ 2000 détenus provenant du camp des Milles. (2)

Les conditions de vie y étaient rudes. Les internés, logés dans une centaine de tentes « marabout » pourvues d’un sol en paille, souffraient du mistral, de la chaleur, des insectes, de la dysenterie et de l’angoisse d’être livrés aux nazis (la commission Kundt, chargée du recensement et de la sélection des internés de guerre, fut active peu après la signature de l’armistice et se présenta effectivement début août).

Le commandement du site siégeait dans les bâtiments du Mas Saint Nicolas, qui était peut-être un ancien relais de poste, et dont aujourd’hui ne subsistent que quelques murs en ruine. Le camp fut fermé à l’automne 1940.

Certains s’enfuirent (l’écrivain Lion Feuchtwanger, le peintre Max Ernst) ; d’autres en furent libérés (Franz et Ulrich Hessel, le père et le frère de Stéphane) ; au moins un fut reconduit en Allemagne (3) (naturellement, la plupart de ces prisonniers étaient des Krieghetzer, soit des opposants et/ou des juifs).

Deux tableaux du peintre Henry Gowa, lui aussi interné, La marche de Saint Nicolas et Les naufragés, témoignent de cette expérience. Lion Feuchtwanger et Max Ernst la décrivent dans deux livres. Le galeriste Alain Paire et l’historien André Fontaine ont publié des travaux de recherche. Des informations fragmentaires se trouvent dans les biographies des personnes ayant séjourné dans ce camp de la garrigue (4), ainsi que dans les sites web consacrés à la déportation.

Mon propos est de parler de ce lieu, pour qu’on en connaisse mieux l’histoire, et pour que – éventuellement – un signe de mémoire y soit apposé.

(juin 2016)

.

(1)
“CAMP DES GARRIGUES
II est situé dans le vaste terrain de manoeuvres militaires du même nom à 10 km au nord de Nîmes et jusqu’au bord du Gardon. Ouvert en janvier 1940 pour 200 détenus millois, il est contigu à un autre camp réservé aux deux cents réfugiés espagnols qui ont eux mêmes monté leurs baraquements en parpaings après avoir souffert du fort mistral tout le temps qu’ils ont vécu sous la tente. Ils cèdent une maisonnette aux Allemands qui, en attendant, en sont réduits à s’entasser et à en construire une deuxième le plus rapidement possible.”
André Fontaine, « Quelques camps du sud-ouest (1939-1940) », Recherches régionales n.104, 1988.

(2) Le 22 juin 1940, une semaine après l’entrée de l’armée allemande à Paris et le jour même de la signature de l’armistice, les internés antinazis du camp de Milles obtinrent d’être déplacés en train à Bayonne, dans l’espoir d’y trouver un navire pour s’échapper. Ils en furent refoulés, sur un malentendu quant au mot « allemand » et probablement on trouva en toute hâte la solution provisoire du camp des garrigues.

(3) Anne Grynberg, « Les camps du sud de la France : de l’internement à la déportation », Annales. Économies, Sociétés, Civilisations, N. 3, 1993, p. 562.

(4) Entre autres : Max Ernst, Franz Hessel, Ulrich Hessel, Lion Feuchtwanger, Wols (le peintre et photographe Alfred Otto Wolfgang Schulz), Henry Gowa, Adolf Lekisch, Golo Mann, Alfred Frisch, les peintres Max Lingner et Eric Isenburger. D’autres et nombreux noms sont répértoriés dans le journal de Lion Feuchtwanger et dans les notes à l’édition allemande du Diable en France (Der Teufel in Frankreich, Berlin 2000), ainsi que dans les liasses des archives départementales du Gard, et plus précisément dans les rapports de police qui documentaient les évasions du Camp Saint Nicolas (voir images en fin d’article).
Voir aussi Sophie D’agostino, Les Juifs dans le Gard durant la seconde guerre mondiale, Mémoire de maîtrise d’histoire contemporaine, Université Paul Valéry de Montpellier, octobre 1993, où une large place est donné au témoignage de l’interné (par la suite résistant) Alfred Frisch.

.

02 Entre Nimes et le Gardon

.

Henry Gowa :
03 Gowa La marche

Henry Gowa, Les naufragés :
04 Gowa Les naufragés

La tente “marabout” :
Camp Massillan 02

Relâche de Ulrich Hessel :
06 Entlassung Ulrich Hessel
.

Probable emplacement du camp, quelques dizaines de mètres à l’ouest du Mas Saint Nicolas :

A environ 1 km, le croisement des D979 et D135 :12-Croisement-D-979_135

Deux articles d’Alain Paire :
Paire sur Gowa
Paire sur Ernst

Deux liens sur ce sujet:
Ce même article de mon site, paru dans Médiapart en juin 2016 dans une version plus ancienne et moins détaillée.
Une émission radiophonique réalisée par Dominique Balay pour France Culture en 2017.

La suite de mes démarches:

Retour sur les lieux, mars 2018

Feuchtwanger, 2022

.
Et encore :

Un article de Jean-Jacques Salgon paru dans La nouvelle cigale uzégeoise en 2018.

Et, dans la même revue, un article de François-Guy Abauzit (mai 2010).

.

Un texte de Marie-Paule Hervieu sur Feuchtwanger (extraits)

Lion Feuchtwanger, après avoir habité Sanary, lieu de rencontre d’intellectuels allemands antifascistes en exil, est interné au camp des Milles en 1939 et 1940. “Le train-fantôme” évacuant les détenus devant l’avance allemande, suscite la rumeur que “2000 boches” allaient arriver à Bayonne, ce qui provoque leur retour et leur internement au camp de Saint-Nicolas, près de Nîmes, d’où Feuchtwanger s’évade déguisé en femme. Il vit caché chez le vice-consul américain à Marseille, en attendant que Varian Fry le fasse passer en Espagne avec sa femme Marta…
(…)
Le troisième internement, dans le camp de tentes de la ferme Saint Nicolas, près de Nîmes, en zone non occupée. À quinze kilomètres, dans la montagne, les conditions de vie des deux mille internés sont moins rudes : si le camp est « ouvert », dans la mesure où les barbelés et les soldats de garde n’interdisent pas les descentes à la ville, de même que les visites de membres de la famille – Lion Feuchtwanger y a reçu la visite de sa femme évadée de Gurs pendant quatre jours –, le camp n’en reste pas moins surveillé et les évadés sont recherchés et ramenés par la gendarmerie française. Les corvées sont multiples, les latrines inexistantes, les moustiques abondent et la dysenterie menace, Lion Feuchtwanger en a été atteint et est resté quelques jours en péril de mort. Et surtout « le désespoir se faisait de plus en plus fort au milieu de cette ambiance de foire », avec des trafics en tous genres. Ce qui nous rongeait, ce n’était pas seulement le danger, on ne peut plus tangible, de la clause d’extradition, c’était aussi cette inactivité forcée, l’absurdité apparente de notre séjour dans le camp. On tournait en rond, on bavardait, on parlait toujours des mêmes choses, et l’on attendait de tomber malade ou d’être livré aux nazis » (page 256). L’obsession de ces hommes était donc d’être libérés ou, à défaut, de récupérer leurs papiers et de gagner Marseille.
L’évasion et le sauvetage. C’est dans ces conditions qu’avec l’aide de sa femme et du consulat américain de Marseille, Lion Feuchtwanger s’évade, habillé en dame anglaise. Revenus et cachés à Marseille, Lion et Marta Feuchtwanger empruntent la voie de terre, en traversant à pied les Pyrénées, puis ils gagnent Barcelone et prennent le train pour Lisbonne. Lion s’embarque pour les États-Unis sur l’Excalibur et débarque à New York le 5 octobre 1940, Marta le rejoint 15 jours plus tard, ils sont sauvés.

Note février 2023 : pour la précision, ce fut le vice-consul américain à Marseille, Myles Standish, qui attenda Lion Feuchtwanger en voiture diplomatique aux alentours du Camp Saint Nicolas, le dimanche 21 juillet 1940, et le ramena à Marseille, où l’écrivain fut hébergé par l’autre vice-consul, Hiram Bingham IV, avant que l’on organise, peut-être avec l’aide de Varian Fry (arrivé à Marseille le 14 août), sa fuite vers les États Unis :
Bingham worked with Fry on notable cases, including the emigration of Marc Chagall, political theorist Hannah Arendt, novelist Lion Feuchtwanger, and many other distinguished refugees. In the case of Feuchtwanger, Bingham went so far as to help spirit the novelist out of an internment camp and sheltered him in his own house while plans were made to help the refugee walk over the Pyrenees (https://en.wikipedia.org/wiki/Hiram_Bingham_IV).

Il faut aussi citer le rôle de Nanette Lekisch, épouse d’un médecin de Mainz interné aussi aux Milles et à Saint Nicolas, surnommée par la suite “l’ange de Nîmes”, qui guida Standish le jour de l’évasion de Feuchtwanger (voir le seul ouvrage qui à ma connaissance lui est consacré : https://www.hentrichhentrich.de/buch-moppi-und-peter.html).

Feuchtwanger, avec les autres 2000 allemands et autrichiens et apatrides (déchus par Hitler de la nationalité allemande) était arrivé au Mas Saint Nicolas le 27 juillet 1940, au bout du périple qu’il décrit dans le Diable en France et d’une longue marche dans la garrigue. Il sera bientôt au courant de l’article 19 de l’armistice qui venait d’être signé le 22 juin :
Article 19.
Tous les prisonniers de guerre et prisonniers civils allemands, y compris les prévenus et condamnés qui ont été arrêtés et condamnés pour des actes commis en faveur du Reich allemand, doivent être remis sans délai aux troupes allemandes. Le Gouvernement français est tenu de livrer sur demande tous les ressortissants allemands désignés par le Gouvernement du Reich et qui se trouvent en France, de même que dans les possessions françaises, les colonies, les territoires sous protectorat et sous mandat.

Il faut penser que la plupart des Krieghetzer avaient choisi de quitter le camp des Milles et s’étaient retrouvés à Saint Nicolas, alors que les allemands non-opposants n’avaient pas pris le fameux train de Bayonne :

(D’après Jacques Grandjonc L’émigration allemande (1933-1945) et les camps d’internement (1939-1944) dans le sudest de la France, Amiras-Repères-Revue occitane, 1984, n° 8, p. 5-17).
.
Pour aller vite, je me borne à suggérer une très bonne bibliographie sur l’internement en France entre 1939 et 1945 :
https://criminocorpus.org/fr/outils/bibliographie/consultation/themes/14621/
.

La remarquable recherche de l’Association philatélique du Pays d’Aix :
(http://appa.aix.free.fr/camp/pages/camp02.html) qui a été publié dans :
Guy Marchot, Lettres des internés du camp des Milles (1939-1942), préfaces d’Yvon Romero et Alain Chouraqui, L’Association Philatélique du Pays d’Aix, B.P 266, 13608 Aix-en -Provence cedex 1.

21 juin (1940)
2010 internés arrivent à arracher à l’état-major de Marseille la décision qu’un train les emmène à Bayonne. On leur restitue documents et argent déposés lors de leur arrivée au camp.
Dans la nuit, suicide au camp de l’écrivain Walter Hasenclever.

22 juin
Signature de la convention d’armistice qui entre en vigueur le 25 juin.
Le “train fantôme” part en direction de Bayonne via Arles, Sète, Tarbes, Lourdes, Pau. A Bayonne il rebroussera chemin vers Nîmes.

lettre Milles

Enveloppe + 2 lettres 24.6.40 :
. cachet à date “Les Milles Bouches-du-Rhône 18 30 . 24-6-40”
. cachet “Service de garde des étrangers – Le Vaguemestre”
. manuscrit “F. M.” (Franchise militaire)
. manuscrit : l’adresse de l’expéditeur : Médecin Capitaine P… Camp des Milles prés Aix en Provence B, du Rh.”

A l’intérieur on trouve deux lettres du Médecin Capitaine, dont une fait allusion au “train fantôme”.

Le “train fantôme” arrive à Nîmes. Les détenus sont dirigés vers un camp de toile improvisé à Saint-Nicolas.

(…)

1er août
La commission de contrôle dirigée par Ernst Kundt inspecte le camp des Milles.

4 août
La commission Kundt inspecte le camp improvisé de Saint-Nicolas et en demande la fermeture dans les meilleurs délais.

(…)

23 octobre
Environ 300 internés du camp des Milles et de Saint-Nicolas sont transférés à Gurs.

 .

Aux Archives départementales du Gard
(Cabinet du Préfet 1940-1945, 1W 273), signalements d’évadés du Camp Saint Nicolas :

 

Aussi (avril 2023), deux cartes du cadastre napoléonien (1811 et 1970) où l’on montre le chemin parcouru par Feuchtwanger le jour de son évasion du camp, comparées au images actuelles issues de Google maps.
Le chemin rural n. 23 du Plateau Saint Nicolas, qui était l’ancienne route de Nîmes à Uzès et où la voiture du consulat américain a recueilli Feuchtwanger le dimanche après midi 21 juillet 1940, a été remplacé entre la dernière guerre et 1970 par la route nationale n. 579 d’Aubenas au Grau du Roi (devenue la départementale 979 en 2006-2007).


(Archives départementales du Gard, Cadastre Sainte Anastasie 1053W28-26)


J’ai marqué le site ou probablement Feuchtwanger, au retour de l’auberge de La chaumière, a rencontré Nanette Lekish qui  l’attendait, entre le camp et la bifurcation pour la ”baignade” de Font verte (remerciements à Jean Minier pour la communication de la carte d’État major).

L’arrivée au camp, ainsi que la vie qu’on y menait et enfin les vicissitudes de son évasion  sont bien racontés par l’écrivain allemand dans Der Teufel in Frankreich. Erlebnisse, Berlin 2000 (1982). Traduction française : Le diable en France, Paris 1985 (Livre de Poche 2012). Je réproduit ici la page de son journal relatant la journée du 21 juillet.

L’auberge La chaumière, à proximité du Pont Saint Nicolas, démolie en 2013-2014 :

 

 

 

Nîmes January-May 2023



Quatre écrivains dans la garrigue

Ceci n’est pas à proprement parler un travail artistique, bien que je me considère avant tout comme un artiste visuel. Il se situe entre recherche historique, critique littéraire et création.

L’inspiration pour cette série d’images sur le territoire des écrivains me vient de la lecture d’un texte littéraire, Le Dépaysement. Voyages en France de Jean-Christophe Bailly.

Le chapitre sur Nîmes, « Castellum aquae », débute par la définition que Francis Ponge faisait de lui-même : poeta neamusensis. Or, pour un écrivain d’origine nîmoise, ayant passé toute sa vie ailleurs, cette affirmation ne peut tenir qu’à une très grande force symbolique de l’image de cette ville.

Il est évident qu’elle vient de l’héritage de la romanité, de son autorité historique, mais il y a peut-être autre chose. La langue latine, ses dérivations méridionales, l’occitan et le provençal, le fait de se considérer dépositaire et interprète de ce legs.

Jean Paulhan, issu d’une famille cévenole, lié à Ponge par d’étroits rapports de parenté ainsi que par une forte relation intellectuelle, se voulait descendant d’un Paulianus, consul à Nemausus au début de l’ère chrétienne. Les lettres et les dessins envoyés à ses parents depuis le ‘’masé’’ du grand-père sont les documents que j’ai voulu accompagner par l’image.

J’ai donc commencé à parcourir les lieux que ces écrivains avaient sans doute parcourus, à la recherche de vestiges à photographier.

Des dessins de Norah Borges, peintre et sœur de l’écrivain argentin Jorge Luis Borges, m’ont amené aux jardins de la Fontaine et à la relecture de Fictions. L’une des nouvelles de ce recueil, Pierre Menard, auteur du Quichotte, porte en exergue la date Nîmes 1939, alors que, certainement, l’auteur argentin se trouvait à Buenos Aires à ce moment-là. D’ailleurs, toute son œuvre, à l’instar de la nouvelle en question, est un tissu d’embûches dans des méandres historiques et littéraires. Ce qui est avéré, est qu’il avait séjourné dans le Midi et à Nîmes à plusieurs reprises.

J’ai justement utilisé sa technique pour mon propre travail, en plaçant des légendes sous des images de lieux qui ne leur correspondaient pas, ou en brouillant les reproductions de textes et les fonds visuels que je leur avais associés.

Une peinture d’Henry Gowa, La marche de Saint Nicolas, m’a amené sur l’ancienne route départementale entre Nîmes et Uzès. J’ai utilisé le journal de l’écrivain allemand Lion Feuchtwanger, l’auteur du Juif Süss, interné pendant l’été 1940 dans le Camp Saint Nicolas, pour accompagner mes photos de ce qui reste de ce camp et des traces de mémoire, dérisoires peut-être, que j’y ai laissées.

Enfin, les cartes d’état-major qui constituent l’arrière-plan de ces tableaux ne correspondent pas au Camp des garrigues, l’épisode ‘’vichyste’’ (avec son article 17 de l’armistice) n’étant pas unique en Europe. Elles décrivent ici des lieux situés dans les alentours de Rome, ville dont je suis originaire et dont je ne peux pas refuser l’héritage.

Quatre écrivains dans la garrigue (2022)

Ceci n’est pas à proprement parler un travail artistique*, bien que je me considère avant tout comme un artiste visuel. Il se situe entre recherche historique, critique littéraire et création.

L’inspiration pour cette série d’images sur le territoire des écrivains me vient de la lecture d’un texte littéraire, Le Dépaysement. Voyages en France de Jean-Christophe Bailly.

Le chapitre sur Nîmes, « Castellum aquae », débute par la définition que Francis Ponge faisait de lui-même : poeta neamusensis. Or, pour un écrivain d’origine nîmoise, ayant passé toute sa vie ailleurs, cette affirmation ne peut tenir qu’à une très grande force symbolique de l’image de cette ville.
Il est évident qu’elle vient de l’héritage de la romanité, de son autorité historique, mais il y a peut-être autre chose. La langue latine, ses dérivations méridionales, l’occitan et le provençal, le fait de se considérer dépositaire et interprète de ce legs.

Jean Paulhan, descendant d’une famille cévenole, lié à Ponge par d’étroits rapports de parenté ainsi que par une forte relation intellectuelle, se voulait descendant d’un Paulianus, consul à Nemausus au début de l’ère chrétienne. Les lettres et les dessins envoyés à ses parents depuis le “masé” du grand-père sont les documents que j’ai voulu accompagner par l’image.

J’ai donc commencé à parcourir les lieux que ces écrivains avaient sans doute parcourus, à la recherche de vestiges à photographier.

Des dessins de Norah Borges, peintre et sœur de l’écrivain argentin Jorge Luis Borges, m’ont amené aux jardins de la Fontaine et à la relecture de Fictions. L’une des nouvelles de ce recueil, Pierre Menard, auteur du Quichotte, porte en exergue la date Nîmes 1939, alors que, certainement, l’auteur argentin se trouvait à Buenos Aires à ce moment-là. D’ailleurs, toute son œuvre, à l’instar de la nouvelle en question, est un tissu d’embûches dans des méandres historiques et littéraires. Ce qui est avéré, est qu’il avait séjourné dans le Midi et à Nîmes à plusieurs reprises.

J’ai justement utilisé sa technique pour mon propre travail, en plaçant des légendes sous des images de lieux qui ne leur correspondaient pas, ou en brouillant les reproductions de textes et les fonds visuels que je leur avais associés.

Une peinture d’Henry Gowa, La marche de Saint Nicolas, m’a amené sur l’ancienne route départementale entre Nîmes et Uzès. J’ai utilisé le journal de l’écrivain allemand Lion Feuchtwanger, l’auteur du Juif Süss, interné pendant l’été 1940 dans le Camp Saint Nicolas, pour accompagner mes photos de ce qui reste de ce camp et des traces de mémoire, dérisoires peut-être, que j’y ai laissées.
Enfin, les cartes d’état-major qui constituent l’arrière-plan de ces tableaux ne correspondent pas au Camp des garrigues, l’épisode ‘’vichyste’’ (avec son article 19 de l’armistice) n’étant pas unique en Europe. Elles décrivent ici des lieux situés dans les alentours de Rome, ville dont je suis originaire et dont je ne peux pas refuser l’héritage.

 

 Francis Ponge

 Pierre Menard

 Jean Paulhan

Lion Feuchtwanger

Ces séries sont ponctuées par d’autres images retravaillées, peut-être plus personnelles, de la garrigue gardoise :


Nella garriga 08, 2017, 45×60.
.

Nella garriga 09, 2017, 45×60.
.

Nella garriga 06, 2017, 45×60.
.

From the Road 01 (Camp de César), 2018, 32×50.
.

From the Road 02 (Nages), 2018, 32×50.
.

Zoology 03 (Pont du Gard), 2019, 31×50.
.

Garriga 14, 2017, 32×32.

 

*Parce-que, dans son résultat, l’intention est encore bien présente et elle n’amène pas vraiment à une perte de soi : à une partielle redécouverte de soi-même, peut-être.

 

Con il cuore fermo (2022)

Ce travail s’inspire d’un autre documentaire de Gianfranco Mingozzi, moins connu que La Taranta : Con il cuore fermo, Sicilia (1965). Il n’est pas moins magistral que celui sur Galatina. Ce film connut des vicissitudes difficiles : conçu comme un long-métrage autour du personnage de Danilo Dolci (La violenza), il fut interrompu en plein tournage à cause du retrait de la maison de production. Mingozzi, avec son propre argent et l’aide technique d’un producteur indépendant, en fit un moyen-métrage qui jouit de l’admirable commentaire de Leonardo Sciascia (voir : Sciascia per Con il cuore fermo).
“Le détroit de Messine n’est donc pas seulement la ligne de partage entre le continent et une île, mais la ligne qui coupe les espoirs et les désirs de l’absence, la soumission, la misère, tous les problèmes d’un monde qu’il faut regarder d’un œil clair et d’un cœur ferme, publiquement, avec le courage de les affronter et de les résoudre.” (Leonardo Sciascia, in La terra dell’uomo, Lecce 2008, p. 83).

Les deux premières minutes du documentaire :
Gianfranco Mingozzi Con il cuore fermo, Sicilia – Sequenza iniziale.mov

Je n’ai utilisé de ce film que quelques captures d’écran, issues de la première séquence, où une voix off énumère les statistiques sur l’émigration de la Sicile vers l’Europe du Nord et où l’on montre les adieux des familles sur le quai de la gare maritime de Messine.
J’ai creusé le titre, respectant la police et le format originaux, au Bic sur des cartes topographiques. À travers les mots du titre, le fond du tableau, en rouge fluorescent. Les trois images arrêtées sont transférées sur verre et constituent le premier plan de chaque pièce.
J’ai utilisé sans doute les séquences les plus anodines du film, mais c’étaient les seules où je pouvais me sentir autorisé à intervenir. D’autres, outre celles des meurtres mafieux dont le montage est impressionnant, sont trop fortes pour ne permettre autre chose que de regarder : les corps luisants de sueur des travailleurs dans les mines de soufre ; la fuite des enfants du cortile Cascino devant la caméra, dans la dernière séquence.

 


Capture d’écran : http://www.gianfranco-mingozzi.it/D.%20Documentari.html
.

.


Ainsi, le détroit de Messine…


mais sépare l’espoir du désir sans confiance,

.

Le DVD dont j’ai extrait les arrêts sur image est inclus dans le livre publié par les éditions Kurumuny de Lecce en 2008 : Gianfranco Mingozzi, La terra dell’uomo. Storie e immagini su Danilo Dolci e la Sicilia.

Les liens vers mes travaux précédents inspirés des documentaires de Mingozzi : Galatina remix, Galatina 1961.

Un extrait de Con il cuore fermo, Sicilia (5 minutes) :

 

.

Feuchtwanger (2022)

“Les dimanches d’hiver, quand en général il n’y a pas d’entrainement dans le terrain militaire du Camp des garrigues, il y a une certaine tolérance, ou peu de surveillance, à l’égard des randonneurs, des chercheurs de champignons et des coureurs. Mais il a fallu attendre le mois de mars et la fin de la saison de chasse au sanglier pour pouvoir pénétrer, habillé comme un coureur et en courant, dans le terrain, pour y placer un carreau de céramique en guise de stèle commémorative.
J’ai trouvé, à l’intérieur même de l’ancien camp d’internement (dont il ne reste que des vestiges infimes) un endroit plat et assez visible à l’improbable visiteur, où la terre paraissait remuée de frais, et c’est là où, en mars 2018,  j’ai placé mon humble témoignage.”

Pour l’historique de ce geste,  un petit rappel :
“Comme on le sait, une stèle est la statue d’un lieu. Elle le constitue en point de repère de la mémoire historique, comme une épingle sur une carte d’état-major. […] Dans le terrain militaire des Garrigues (près du Mas de Massillan) existait déjà un camp, ouvert depuis janvier 1940 pour environ 200 « étrangers hostiles » (surtout allemands et autrichiens), et qui hébergeait déjà autant de républicains espagnols. Quelques kilomètres plus au nord, le long de la route départementale qui relie Nîmes à Uzès (dont le trajet a changé depuis) et à proximité d’une ferme désaffectée, existait un grand terrain plat. C’est là où arrivèrent, le 27 juin 1940, au bout de cinq jours d’un tragi-comique périple en train et après une marche à pieds de quinze kilomètres, environ 2000 détenus provenant du camp des Milles.”

Sur la genèse et le développement de ce travail: Un camp d’internement dans la Garrigue.

Voir aussi : Une marche en garrigue, émission réalisée par D. Balay pour France Culture en septembre 2017).

En novembre 2022, le caractère exagérément confidentiel de cette intervention artistique, qui n’a connu qu’un seul acteur et témoin, me pousse à relire et réinterpréter les images que j’avais prises au moment de l’apposition de ma “stèle”.

Je vais imprimer sur film transparent et superposer ces photographies à des cartes d’état-majeur, des cartes de l’Istituto Geografico Militare italien dont je dispose grâce à la prévenance d’un ami fils de diplomate. On est bien là dans un terrain militaire, comme Feuchtwanger et les autres réfugiés allemands étaient en 1940. Par ailleurs, ces cartes italiennes remontent à la même époque. Je compte aussi imprimer sur papier calque des extraits du texte de l’écrivain allemand où il décrit sa marche dans la garrigue et son arrivée au Camp Saint Nicolas, et les superposer aux cartes IGM. Il me faudra encore un élément de couleur, propre à rehausser ou parfois à brouiller certaines parties des deux premières couches sémantiques. Je pense transférer, sur verre et en premier plan, les dates de la marche et de l’internement au Camp saint Nicolas, que je retrouve dans le journal de L.F. Comme un cachet de cire rouge et dans la langue originale, bien sûr.
En bon critique de moi-même, je me permets de rappeler que cette technique de travail par stratigraphie n’est pas sans faire écho à une pratique du “retour sur les lieux” : octobre 2016, septembre 2017, mars 2018, novembre 2022.

(Le livre de Feuchtwanger : Der Teufel in Frankreich. Erlebnisse, Berlin 2000 (1982). Traduction française : Le diable en France, Paris 1985 (Livre de Poche 2012). Première édition : Mexico 1942, sous le titre Unholdes Frankreich.

.

Feuchtwanger 01, 2022, 30×40.
.

Feuchtwanger 02, 2022, 30×40.
.

Feuchtwanger 03, 2022, 30×40.
.

Feuchtwanger 04, 2022, 30×40.
.

Feuchtwanger 05, 2022, 30×40.
.

Feuchtwanger 06, 2022, 30×40.

.

Polyandrion (2022)

 

Je présente ici une réédition de la première d’une série d’estampes inspirées par le Songe de Poliphile (Francesco Colonna, Hypnerotomachia Poliphili, Venezia, Aldo Manuzio, 1499) : From Cythera series C, 2018. Dans cette œuvre romanesque, les protagonistes Poliphile et Polia se retrouvent parmi les ruines du Polyandrion qui, d’après les exégètes modernes, pourrait se traduire par “le cimetière des morts d’amour”.

Le mot Polyandrion vient du grec ancien ; il désigne les sépultures collectives, notamment de guerriers morts au combat :
article ancient world magazine
article wikipedia
Je m’y intéresse aussi parce que j’ai repris récemment un travail sur les Étrusques et leurs pratiques funéraires : sp nemoz

Voir aussi, parmi les nombreux articles sur les canopes :
article enciclopedia treccani
article camminare nella storia

.
Pour les représentations du Polyandrion dans le Poliphile, voir :
article persee
article cairn
article utpictura

 

PS :
Une photographie prise dans les mêmes circonstances que celle utilisée en fond de ce From Cythera C 01, mais avec un cadrage  différent, a servi pour une couverture de la revue La cause du désir (numéro 104, mars 2020). Le lieu representé est le “Temple de Diane” des Jardins de la Fontaine à Nîmes.

 

 

 

Der Reichstagssturm (2022)

A thesis on contemporary history.

I vuoti lasciati da un T-Rex dipinto di rosso fluorescente.
Gli Hostile Hopi che resistevano all’imperialismo americano, all’inizio del ventesimo secolo.
Un puzzle le cui tessere sono andate disperse. Un esperimento sull’andatura dei gibboni.
La presa del Reichstag da parte dell’Armata Rossa, in un ciclo pittorico celebrativo del Karlshorst Museum di Potsdam.

Les vides laissés par un T-Rex peint en rouge fluo.
Les Hostile Hopi qui résistent à l’impérialisme américain au début du 20e siècle.
Un puzzle dont les pièces ont été dispersées. Une expérience sur la démarche des gibbons.
La prise du Reichstag par l’Armée rouge, dans un cycle de peintures commémoratives au Karlshorst Museum de Potsdam.

The gaps left by a T-Rex painted in fluorescent red.
The Hostile Hopi resisting American imperialism, early 20th century.
A puzzle whose pieces have been scattered. An experiment on the gait of gibbons.
The taking of the Reichstag by the Red Army, in a commemorative painting cycle at the Karlshorst Museum in Potsdam.


.


Der Reichstagssturm 01, 2022, 22,5×30.
.

 


Der Reichstagssturm 02, 2022, 22,5×30.

.

 

Bello! Opere nuove? C’è spiegone?
SC

Ah no, òpiri d’arti sunnu!
Lo spiegone è che la Storia è complessa e confusa.
Comunque il tirannosauro a pezzi è l’impero sovietico, o forse anche il puzzle.
Il tentativo di rimettere insieme i pezzi si urta alla resistenza degli Hopi, oppure a quelle dei gibboni, che non vogliono stare al gioco.
E la visione della storia è imbrogliata da ogni elemento successivo, come un’archeologia all’incontrario.
E alla fine non ci si capisce niente ma forse c’è un bell’effetto pirotecnico.
SP

Ruins in the Forest. Series A (2016-2017)


RnF A 01, 2016, 30×40.
.


RnF A 02, 2016, 30×40.
.


RnF A 03, 2016, 30×40.
.


RnF A 04, 2016, 30×40.
.


RnF A 05, 2016, 30×40.
.

RnF A 06, 2016, 30×40.
.


RnF A 07, 2016, 30×40.
.

RnF A 08, 2016, 30×40.
.


RnF A 09, 2016, 30×40.
.


RnF A 10, 2016, 30×40.
.

Spuglia lettre 1

Spuglia lettre 2

 

.