Transit (2017)

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« Paiono traversìe, e sono opportunità », Giovambattista Vico

Un passage de frontière, un jour de septembre à l’aube, entre l’Espagne et la France, dans l’espoir de ne pas rencontrer de douaniers.

Des photos prises d’une main, tout en conduisant et sans regarder. Quelque part par là doit être le cimetière où est enterré le célèbre écrivain allemand.

Mais le texte superposé aux images est celui d’un autre allemand, le poète Friedrich Hôlderlin. C’est la lettre du 2 décembre 1802 à son ami Böhlendorf, celle qui marque son inclinaison vers une douce folie. Il y est aussi question de frontière, de passage, de traversée. Il y est aussi question de paysans landais, que Hölderlin prend pour d’anciens Athéniens : «La vue des Antiques m’a fait mieux comprendre non seulement les Grecs, mais plus généralement les sommets de l’art…». C’est à cette superposition d’une vision partielle et d’une réalité multiple que fait allusion ce travail, Transit, dont le titre se lit de la même manière en français et en allemand ; il y est question de paysages parcourus, de sépultures anonymes, de superposition de mémoire personnelle et d’histoire imaginée, de traces qui s’effacent, de coulures du temps qui passe.

A ces images et textes transparents j’ai donné comme fond opaque des feuilles de cadastre découpées, le cadastre étant peut-être la plus ancienne forme de délimitation du territoire. Mais personne n’est le maître d’un lieu et le « on est chez nous ! » est l’adversaire ancestral d’une besogne d’artiste comme celle dont il est question ici.

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La lettre de Hölderlin à Bölhendorf

Le 7 juin 1802 Friedrich Hölderlin quitte Strasbourg et entre en Allemagne par le pont de Kehl. Il est parti presque un mois auparavant de Bordeaux, où il était précepteur chez le consul Meyer. Quatre jours plus tard, d’après Pierre Bertaux (Hölderlin ou le temps d’un poète, Paris 1983, pp. 244-255), il est à Francfort et a le temps de voir une dernière fois sa bien-aimée, Suzette Gontard, avant qu’elle ne meurt de la rubéole, le 22 juin. A ce moment-là il était déjà complètement fou, presque fou, faussement fou; sur ce point ses exégètes se disputent encore. Ce qui est sûr, c’est que ce voyage à travers la France marque un tournant dans l’état mental du poète allemand. En témoigne la célèbre lettre à son ami Casimir Böhlendorf du 2 décembre 1802, considérée à tour de rôle comme la première manifestation de son aliénation ou la dernière de sa maîtrise de soi.

Walter Benjamin publia cette lettre, la douzième de sa série de lettres allemands, dans la Frankfurter Zeitung du 1 septembre 1931, et ensuite sous le pseudonyme de Detlef Holz, dans le recueil Deutsche Menschen Eine Folge von Briefen, pour les éditions Vita Nova de Zurich, en 1936. Les lettres y étaient présentées par ordre chronologique et introduites par une préface générale. On n’en vendit guère plus de 200 exemplaires, et le reste fut oublié dans une cave de Luzerne pendant vingt-six ans. Ce n’est qu’en 1962 que, grâce à Theodor Wiesengrund Adorno, le recueil fut publié à Francfort sous le nom de son auteur.

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