Leçons d’anthropométrie, 2009-2026
Ce projet est né d’une recherche dans les archives départementales du Gard (Sud de France). Chaque personne sans domicile fixe, notamment les nomades et les ambulants, devait porter sur soi un carnet anthropométrique, rédigé suivant les normes dictées par Alphonse Bertillon (l’inventeur du portrait robot), et qui devait être tamponné à chaque entrée et sortie d’une commune. Ce carnet, dont le but évident était celui de contrôler la population gitane, a été en vigueur de 1912 à 1969 (mais le livret de circulation pour les gens du voyage n’a été supprimé – sous la pression de l’ONU, qu’en 2015) : il contenait, outre les données personnelles, les photos de face et de profil du porteur, ainsi que les empreintes de ses dix doigts.
Les carnets anthropométriques sont importants parce qu’ils introduisent le concept de race, au début du XXe siècle, dans la relation de l’Etat français au minorités : la République n’a plus à faire avec des individus mais avec un groupe ethnique, dans ce cas-là, les romanichels.
La loi de 1912 marque aussi l’aboutissement du Bertillonage, c’est-à-dire des nouvelles techniques de reconnaissance basées sur la mensuration du corps et du visage d’un individu.
Dans les années entre 2009 et 2026 je suis revenu souvent sur le sujet, et j’ai traité ces images documentaires de plusieurs manières : en les enchâssant dans des châssis en forme de trapèze, en le juxtaposant aux articles de la loi instituant le Carnet anthropométrique, en les mettant dans des petits cadres en forme de boite, de manière à avoir une stratigraphie de visages différents.
J’ai reproduit six photos de membres d’une même famille (photos prises au début des années 20) sur des verres que j’ai superposés aux articles du règlement des Carnets ; ces articles sont transcrits avec un feutre noir sur des cartons d’emballage découpés, comme ceux qu’utilisent les nomades pour faire la quête.
Il y a aussi des couleurs, du rouge fluo et du blanc, en aplat sur les cartons : ils donnent des formes géométriques qui pourraient faire penser au constructivisme russe ou au Bauhaus, dans tous les cas à une époque qui est celle où les photos étaient prises.
Pour confondre ce processus d’identification, j’ai superposé la photo frontale d’une personne à celle d’un parent, ou bien à la photo de profil de la même personne.
Dans les Archives départementales du Gard, à Nimes, les dossiers concernant les carnets anthropométriques se trouvent sous les cotes suivantes :
4 M 188 : Carnet collectif. Carnet anthropométrique 1914-1927 (Comprend : Liste nominative des personnes inscrites sur le carnet collectif délivré au chef de famille. Registre des nomades ayant obtenu leur carnet anthropométrique).
Carnet anthropométrique d’identité. Demande d’autorisation de délivrance : dossiers individuels :
4 M 189 : 1913-1922
4 M 190 : 1923-1926
4 M 191 : 1927-1931
4 M 192 : 1932-1938
Salvatore Puglia,
Avril 2026
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Documentation Carnet anthropométrique
https://journals.openedition.org/remi/4179
https://fr.wikipedia.org/wiki/Carnet_anthropom%C3%A9trique
https://www.memoires-tsiganes1939-1946.fr/la%20categorie%20juridique%20nomade.pdf















