Glances across Europe (2003-2005)

Glances across Europe: a historical heritage project

In one of his most compelling books, Le 20 janvier (Paris, Christian Bourgois, 1980), the French writer, art critic and poet Jean-Christophe Bailly tells how, during a stay in Berlin, years before the fall of the Wall, he visited the Ägyptisches Museum in Charlottenburg on the west side of the city, where he admired Nefertiti’s celebrated bust. A few days later, as he wandered through the Bode Museum in East Berlin, he chanced upon another bust, representing Nefertiti’s daughter. The tragic irony of the situation was not lost on Bailly: the portraits, after so many centuries, found themselves lost in a foreign land, close enough to be seen on the same day, yet kept apart by the Wall – and only the traveler’s gaze could connect them. Bailly wondered whether mother and daughter were secretly facing each other – and if not, in which point, in or out of the divided capital, their gazes would intersect.

Bailly’s musings have been my inspiration for the following project. As I visit museums and historical sites in several European towns, I plan to discover or to establish analogies between things that are not supposed to relate in any obvious way. A process of “signalization” will take place as follows. (1) A copper or Plexiglas plaque will be set beside several objects (selected in different museums) according to their historical signification and their geographical orientation. (2) Each of these objects (e.g. statues, or museum specimens) look along a certain line, in a certain direction, which is to be determined with a compass. (3) Two such given lines intersect at a certain point; some of these cross-points will be marked by a third plaque, fixed on a pole.

My intention is to create signalizations which, taken individually, would seem incoherent and senseless. However, if one studies the overall map that I will provide at the end of the project (that will be placed beside the objects), one will realize how threads of European history are intertwined, how various types of mutual dependence is demonstrated by the strange, “unjustified” choice of each and every meeting – as if my plaques (which I like to think of as my “samples”) were pieces of a secret, untold puzzle, scattered across the continent. The sites themselves, being affected by the plaques’ presence, will undergo a symbolical transformation, thus acquiring new, estranged, significations.

By all means, it is certainly no coincidence that the other writer whom I consider my project’s spiritual father is W. G. Sebald, the nomadic German scholar and novelist, who was recently killed in an accident. In his novels, Sebald has an unmistakable way of connecting geographical points and the events of our recent past with the wanderings of the witnesses who reflect upon them. In fact, the subject of the work I wish to undertake is European historical heritage itself.

September 2002

Plaques texts (examples)

ANACAPRI (Italy, 40N55 e 12E29)

As you read this plaque, you are facing north. Your glance will encounter an axis extending from the seismograph known as ’19 tonnes’, conserved in the Seismological Museum in Strasbourg (France).
Both the seismograph and the fortified observatory at Anacapri are the results of involuntary collaboration between enemy forces. Initiated by the Germans in 1910, the seismograph in Strasbourg was finished in the wake of World War I by the French, who used pieces of weapons and decommissioned military material to attain the total weight of 19 tons required to balance the seismograph’s small needle.
Designed to protect the access to the Gulf of Naples, the fortifications of Anacapri were begun by the French in the course of the Napoleonic wars. The English, allies of the Bourbons, seized the complex in 1806 and used it as a stronghold in their attempt to transform Capri into a ‘little Gibraltar’. In 1808 Joachim Murat led the attack of the island; the reoccupied fortress was enlarged and consolidated, but it was never again used for military purposes.
The meeting of your glance and the axis extending east from the seismograph will take place in a mountain pasture located at latitude 48° 58’ N, longitude 14° 20’ E in the vicinity of the Austrian village of Hinterweißenbach. A plaque has been placed on the site to mark this encounter.

Glances across Europe: a project conceived by Salvatore Puglia
and supported by the Gunk Foundation for Public Art in 2003.

plaques-localisation-copy

anacapri-01

batz-01

capua-01

potsdam-01

strasburg-01

carrascal-01

.

Un panneau pour l’imaginaire

La plaque que j’ai placé, avec l’accord et le soutien des responsables du Jardin Georges Delaselle, à proximité du calvaire situé à son sommet est la neuvième de mon projet nommé Glances across Europe (Regards à travers l’Europe).
Ce projet consiste à créer des liens idéaux entre des lieux et des monuments historiques du continent européen, par un processus de signalisation. Au cours de mes voyages, intentionnels ou hasardeux, j’ai remarqué certains objets et lieux, à mon sens singuliers. J’ai d’emblée fait une petite investigation sur leur histoire, aux fins d’imaginer une connexion possible avec d’autres objets ou lieux que j’ai répertoriés.
C’est une manière d’affirmer que les choses aussi regardent – et ne sont pas seulement regardées – au delà de l’emplacement où les hommes et l’histoire les ont situées. Et pour finir j’ai établi ma liaison idéale, autour d’un sujet thématique décidé de manière peut-être arbitraire et sans aucun doute très subjective.
Le thème du « retour à la mère-patrie », par exemple, m’a permis de mettre en relation la fresque médiévale représentant le retour des reliques de Sainte Agathe, à Acicastello, en Sicile, et la statue d’un soldat soviétique qui, dans le cimetière militaire de Potsdam, se tient en position de garde-à-vous dans la direction de la Russie.
En utilisant une boussole et une carte géographique détaillée, j’ai marqué la direction exacte vers laquelle se tournent ces deux objets, et en prolongeant l’axe de leur « regard », j’ai déterminé leur point de rencontre virtuel. Là où ces axes se croisent, j’ai placé une plaque dont le texte décrit la rencontre qui a lieu dans ce site précis.
La rencontre de la fresque sicilienne et de la statue soviétique à lieu dans une plaine polonaise, devant une vieille ferme en vente.
Le texte de la plaque est à chaque fois écrit dans la langue du lieu. J’espère, à la fin de ce travail, pouvoir publier un recueil de l’ensemble de ces textes traduits dans chaque langue concernée, ainsi qu’une carte géographique où ces rencontres seraient inscrites, de manière à permettre aux éventuels visiteurs de repérer tous les panneaux. Ce recueil serait disponible à proximité de chacun des lieux signalisés.

Venant à l’installation de Batz. Je souhaitais qu’un visiteur du Museo campano de Capoue, près de Naples, en Italie, trouve, à côté de la statue d’une déesse italique, un panneau lui indiquant la direction de son regard et le fait que la trajectoire de ce regard croise celui d’un monument situé en Bretagne, celui du calvaire du jardin G. Delaselle de l’île de Batz.
Je souhaitais aussi que le promeneur qui traverse un haut plateau à proximité de la petite ville de Carrascal del Rio, en Espagne, découvre le signe-témoin de cette rencontre. Chaque lien que j’établis nécessite donc d’être signalé par trois panneaux.
Celui de Capoue et de Carrascal étaient déjà placés, il ne me restait plus, pour documenter cette subjective rencontre, qu’à installer celui-ci.
Le sujet qui relie Capoue et Batz est celui de la continuité d’un culte, sur un même lieu, pendant des milliers d’années. A peu près à l’époque où l’on installait le calvaire sur le dolmen de l’île, au XIXe siècle, on découvrait dans la localité dite «Petrara», près de Capoue, des dizaines de statues de femmes assises, portant dans leurs bras des corps d’enfants emmaillotés. Il s’agissait des Matres Matutae, représentations sacrées de l’aurore et de la fertilité.
Pendant plus d’un millénaire et jusqu’en plein empire romain, les habitants de la ville se sont succédés sur ce site, et à chaque époque, pour remercier d’une grâce ou pour en demander une, ils ont déposé ces statues. Les styles de ces icônes sont donc des plus variés, trace des influences culturelles et des invasions qui ont façonné l’histoire de ce territoire.
La plus ancienne de ces sculptures a été surnommée par les gardiens «la picassienne», à cause de ses traits sommaires et «difformes». C’est celle que j’ai choisie pour la relier au calvaire du XVIe siècle placé sur le dolmen mégalithique .
À Batz, on assiste en effet aussi à une sacralisation continue, mais sous le signe de la re-appropriation et de la juxtaposition plus que du changement des formes.
Il s’agit donc de souligner ici à la fois une analogie et une contradiction.
J’espère qu’une telle connexion idéale pourra alimenter l’imagination d’infinies connexions possibles des choses entre elles et des hommes entre eux.

.

This entry was posted in SITE-SPECIFIC ACTIONS, TEXTS WITH IMAGES and tagged . Bookmark the permalink. Both comments and trackbacks are currently closed.