Elisabeth Couturier, Return to Eden, 2018

 Les compositions baroques de Salvatore Puglia mêlent photos, dessins, broderies et documents, auxquels s’ajoutent des céramiques, pour mettre en scène une curieuse ménagerie : s’y côtoient animaux sauvages et domestiques, espèces disparues et familières, figures répertoriées et imaginaires. Une faune plurielle qui renvoie à la forêt primitive, aux grottes préhistoriques, à la mythologie antique, au répertoire fantastique du Moyen-âge, aux planches anatomiques de Buffon et à divers contes et légendes et autres joyaux de la littérature. Un étonnant voyage dans le temps…

Les œuvres de Salvatore Puglia superposent, par transparence, différentes sources iconographiques comme autant de couches géologiques : reproductions numériques, dessins à main levée, travaux d’aiguille… Des assemblages inspirés par des souvenirs personnels de ballades en forêt, par la découverte de sites archéologiques en déshérence, par des planches scientifiques et quelques précieux récits… Une longue traversée entre les strates de la mémoire humaine soulignant le lien qui nous unit aux animaux depuis la nuit des temps. Et une invitation à prendre conscience de la fragilité de ce lien, fil rouge de notre vie sur terre.

Les quatre séries présentées par la galerie Flair, (qui avait déjà exposé l’artiste en 20XX sous intitulé «  Eden »), donnent la mesure de la richesse plastique de l’univers de Salvatore Puglia et de sa portée poétique et philosophique. Historien d’origine, il reste fasciné par les vieux parchemins et autres archives révélateurs de choix sociaux, économiques ou politiques. Ici, il reproduit, entre autres, des cadastres comme symbole de la mainmise des hommes sur un territoire, restreignant, de fait, l’espace naturel octroyé aux bêtes sauvages, comme aux étrangers. De même, met-il en exergue des planches scientifiques reproduisant avec forces détails les animaux féroces ou exotiques, leur opposant, plus humblement, par un trait malhabile ou par des points de couture, la silhouette de ceux qui nous ont permis de survivre. Il dessine, également, en surimpression, des scènes tirées de textes décrivant le paradis terrestre où bêtes et hommes vivaient en harmonie, que ce soit d’après La Divine Comédie de Dante ou d’après Le Songe de Poliphile de Francesco Colonna, un des plus beaux romans illustrés du 15e siècle. Quand aux travaux en céramique, assiettes et carreaux, ils ont été réalisés dans la petite ville de Vietri, située sur la côte amalfitaine, spécialisée dans cet art populaire. Ses illustrations animalières naïves renvoient aux dessins étrusques. Mais plus que tout, en Italie, le pays où il est né, Salvatore Puglia aime découvrir des fouilles archéologiques abandonnées qu’il photographie : « Je suis fasciné- explique-t-il- par ces lieux qui témoignent du retour de la civilisation à l’état sauvage » Un avertissement ? Probablement…

Elisabeth COUTURIER

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